Archives par étiquette : Haneda

Yoshitaka Haba, le passeur de livres

Cibone, Loveless, The Contemporary Fix… La liste des réalisations du BACH de Yoshitaka Haba ressemble comme deux gouttes d’eau à un guide idéal du Tokyo chic et tendance. Pas surprenant venant de celui qui a révolutionné la façon dont on vend et classe les livres. Il nous a recus dans ses bureaux, à Aoyama pour nous parler de livres, bien sûr, mais aussi de l’Ipad, de Kenji Miyazawa et d’un mystérieux citron qui se prend pour une bombe… Interview.

NEON Magazine : Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter pour les lecteurs de NEON Magazine ?

Yoshitaka Haba : À l’origine, je travaillais dans une librairie, le Aoyama Book Center de Roppongi, j’ai travaillé là-bas jusqu’en 2002. J’ai un peu tout fait là-bas, et même jusqu’à la caisse, mais à l’origine j’étais en charge de l’architecture et du design. C’est moi qui m’occupais des acquisitions, par exemple.

En fait, à l’université, ma spécialité c’était le droit et les sciences politiques. Ce n’est pas que ça ne m’intéressait pas du tout, mais moi ce qui passionnait c’était l’art. J’étudiais tout seul, par moi-même, et aussi avec un professeur, chez qui j’allais. Et puis comme c’est vrai aussi que j’avais toujours aimé ça, je me suis retrouvé à travailler dans cette librairie.

Et c’est justement à l’époque où j’ai commencé à travailler dans cette librairie que le marché du livre s’est considérablement transformé avec l’essor d’Amazon. Les gens ont commencé à moins venir dans les librairies. Et c’est là que je me suis dit : « Et bien, si les gens ne viennent plus dans les librairies, il faut que les librairies aillent à eux. »

Donc, après avoir quitté Aoyama Book Center, j’ai voulu créer mes propres librairies, ou plus exactement des lieux où l’on pourrait vendre des livres. C’est comme ça que sont nées par exemple les boutiques du National Art Center ou l’espace librairie de la boutique Cibone. Plus récemment, j’ai aussi travaillé sur une boutique de vêtements à Yokohama.

C’est ce qui me motive maintenant, créer des lieux de rencontres entre les gens et les livres. J’ai commencé en 2003 avec le Tsutaya Tokyo, celui qui est installé au bas de Roppongi Hills, à côté des boutiques de luxe. C’est moi qui me suis chargé de la sélection des livres proposés. Les résultats ont été bons, en termes de chiffres d’affaires comme en termes d’images, ce qui ma permis de recevoir d’autres propositions.

À l’étranger, ce genre de lieux c’est quelque chose qui existait déjà, mais au Japon c’était nouveau. Jusque-là, les librairies devaient être des lieux impeccables, et les livres tous bien rangés et en parfait état.

NM : Oui, le Tsutaya Tokyo c’est celui où il y aussi un Starbucks, et on peut prendre les livres avec soi pour les feuilleter en buvant son café.

YH : Oui, et comme en plus il est situé à Roppongi (NDLR : l’un des quartiers les plus animés de Tokyo, la nuit notamment. Les étrangers y sont nombreux) il est ouvert 24h/24, ou presque, un peu comme certains grands cinémas. L’idée, ce n’est pas seulement de créer un espace pour les livres, c’est de créer un lieu de rencontres, un média presque. Et donc ensuite j’ai reçu d’autres propositions et j’ai pu travailler sur d’autres projets.