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Otomo Katsuhiro – GENGA Exhibition

Difficile de présenter Ôtomo Katsuhiro sans abuser de superlatifs ! Figure tutélaire du manga contemporain, cité comme influence majeure par bon nombre de mangaka, et loué même par le grand Moebius, l’homme a signé dans les années 80 un mythe de la science-fiction en bande dessinée, Akira. Et c’est bien sûr autour de cette œuvre de poids, qui fut pour nombre d’occidentaux la porte d’entrée vers le manga et/ou la culture japonaise, qu’est structurée la rétrospective Otomo Katsuhiro GENGA Exhibition ouverte depuis le 9 avril dans les lumineux espaces du Chiyoda Arts Center. Akira, oui bien entendu, mais pas que…
Neon magazine était au vernissage. Impressions.

La plus grande salle rassemble les planches originales de titres moins connus du grand public mais tout aussi forts, comme Dômu – Rêves d’Enfants, Highway Star, ou Magnetic Rose, ainsi qu’une multitude d’illustrations couleurs tirés d’Akira, Robot Carnival, ou des deux art-books Kaba, des réalisations pour la publicité, pour les magazines, pour la télévision ou encore quelques (trop) rares crayonnés et celluloïds.
Comme pour la peinture classique c’est la puissance de la couleur, la maitrise du trait, sa technicité, le foisonnement de détails ou même l’épaisseur du papier, les petites erreurs corrigées parfois, et toutes les petits choses qui échappent aux reproductions imprimées qu’on à le plaisir de découvrir et à étudier ici, s’extasiant devant tant de finesse, de précision, d’inventivité et même d’humour parfois.

Si l’aura des 3000 planches originales d’Akira reste intact pour les fans, ravis de pouvoir vérifier chaque trait, chaque phylactère, ou chaque aplat de la série culte, c’est surtout du côté de la dernière salle que l’effervescence est à son comble : pour une poignée de yens reversées à l’association caritative Think the Earth (engagée entre autre dans la reconstruction du Tôhoku) vous pouvez en effet enfourcher la rutilante monture de Kaneda et enfiler son tout aussi iconique cuir rouge.

Le mur éclaté par la force psychique d’un des protagonistes de Dômu a beau être également impressionnant, difficile de rivaliser avec un deux roues mythique…

Mais plus encore que ces attractions taille réelle c’est l’immense fresque inaugurée par le maître himself et le gratin du manga et de l’animation lors du vernissage (Inoue Takehiko, Matsumoto Taiyô, Moriyama Kôji, Taniguchi Jirô, Urasawa Naoki, Terada Katsuya et beaucoup d’autres…) qui devrait attirer vos faveurs ; une fresque hommage complétée depuis par les visiteurs plus ou moins anonymes. Un bien beau final !

La rétrospective se tient jusqu’au 30 mai 2012. Foncez-y !

Informations billetterie (en japonais)
Chiyoda Arts Center
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Tokyo Realtime, balades sonores dans la ville

white rabbitLa première fois que l’on a entendu parler d’audio-guide c’était avec Soundwalk, collectif basé à New-York autour du Français Stephane Crasneanscki. Paris, Pékin, Shangai, Hong-Kong, New-York aussi bien sûr…

Pour Tokyo, il aura fallu attendre Tokyo Realtime, parcours quasi initiatiques au cœur de deux quartiers emblématiques de la ville, Akihabara et le Kabukicho. Rencontre avec Max Hodges, le créateur de ses balades pas comme les autres.

NEON MAGAZINE : Pouvez-vous vous présenter ?
Max Hodges : Ouh là, c’est une question difficile. Pour la faire courte, je suis le fondateur et directeur de White Rabbit, une compagnie basée à Tokyo dont la philosophie est de rendre la langue japonaise et sa culture plus accessibles à tous. Notre set de carte mémoire pour ceux qui apprennent le japonais est un best seller, nous avons aussi une série de guides audio pour des quartiers de Tokyo et nous faisons de la vente de produits japonais difficiles à trouver à l’étranger. Je suis aussi passionné par le documentaire photographique.

NM : Comment est né le projet des guides audio ? Avez-vous entendu parler d’autres projets de ce type comme ceux de Soundwalk ou vous êtes parti de zéro ?
MH : L’inspiration vient de Soundwalk. Un ami à New-York m’en a parlé et je me suis dit que c’était un bon exemple marketing à mettre en place pour le Japon. Je suis allé à NYC et j’ai testé quelques uns de leurs guides audio. Je me suis dit que le guide sur Wall street procurait une super expérience mais que Soundwalk, dans sa démarche, se concentrait sur le forme plutôt que le fond. Dès fois, vous finissez un tour et vous n’avez pas vraiment l’impression d’avoir appris quelque chose sur le quartier. Notre création artistique est différente.

NM : Nous, on a l’impression que les guides « classiques » fonctionnent moins à Tokyo. Quel est votre sentiment sur cette ville ? Que diriez-vous à quelqu’un qui visite la ville pour la première fois ?
MH : Quand quelqu’un veut se promener et sentir Tokyo pour la découvrir, il ne sait pas vraiment où aller et il ne comprend pas toujours ce qu’il voit. Personne ne veut être planté comme un piquet au milieu de la rue à lire un guide touristique. Dans l’idéal, il est bien d’avoir un bon connaisseur qui vous fait faire un tour mais tout le monde ne peut pas se le payer. Nous avons donc créé ce qui s’en rapproche le plus : interviewer des spécialistes tout en mêlant la narration à l’ambiance de l’endroit, de la musique et des effets sonores pour créer une expérience qui vous plonge dans le quartier que vous visitez tout en gardant la tête en l’air et les yeux disponibles.

NM : Avez-vous d’autres projets sous le coude ? Pour le moment, il existe les guides audio d’Akihabara et de Kabukicho, comptez-vous faire Shibuya, Nakameguro ou d’autres endroits ?
MH : J’ai fait beaucoup de travail de terrain pour Harajuku, avec des interviews d’une douzaine de personnes mais c’est en pause pour le moment parce que nous nous concentrons sur White rabbit express, la vente en ligne de produits japonais. Les guides audio sont un bonheur à faire mais ils coûtent assez chers à produire donc je réfléchis sérieusement à réunir les fonds nécessaires pour un nouveau projet avec kickstarter.com.

En écoute dans NEON Magazine, les bande-annonces des balades sonores :

Tokyo Realtime – Kabukicho

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Tokyo Realtime – Akihabara

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Photos Max Hodges – Tokyo Realtime

Tokyo vu par - Neon magazine

Tokyo vu par… Mariel Clayton, photographe de poupées

Mariel Clayton - ChadoDeux samedis par mois, « Tokyo vu par… » c’est le regard d’une personnalité de l’art, du design ou de la culture sur la ville : ses quartiers, ses magasins, ses souvenirs aussi. Un regard sincère et personnel sur Tokyo et autant d’idées de promenades et de découvertes.

Mariel Clayton est une autodidacte. Une photographe qui s’est formée toute seule avec une seule obsession : mettre en scène ses Barbies dans des intérieurs qu’elle imagine de A à Z, dans des positions et des situations qui en disent long sur ce qui se passe dans sa tête. Chaque détail, chaque élément est pensé pour un résultat qui semble à la fois irréel et en même temps si probable. On lit ses photos comme on lit un livre, en se demandant ce que la suivante va raconter. On est fasciné parfois, écœuré d’autres fois, amusé aussi mais on en redemande. Cette jeune Canadienne connaît très bien Tokyo pour y être venue souvent. Nous lui avons demandé de nous raconter sa passion pour la capitale japonaise.

Mon Tokyo
Mon Tokyo, c’est le temple Senso-ji tôt le matin, quand tout est calme, quand le premier bouquet d’encens s’allume dans le brasier et que sa fumée parfumée monte avec les rayons laiteux et poussiéreux du soleil. Je suis alors tranquille.
Mon Tokyo, c’est les cerisiers magnifiques du parc d’Ueno éclairés par la lumière rose matinale quand le vent frais fait pleuvoir des pétales douces sur mon visage, quand je tends la main et touche cette beauté filtrée à travers mes doigts comme des flocons de neige.
Mon Tokyo, c’est de faire le tour du Palais impérial l’après-midi puis de me diriger vers ses jardins à l’est où je suis entourée d’arbres verts et me mets à chercher les grandes carpes dorées dans les douves et les étangs. Là, je bois un thé au blé à l’ombre des arbres et écoute les cigales tout en en observant les libellules aux tons saphir et émeraude.
Mon Tokyo, c’est de traverser Tsukiji à 5 heures du matin en observant tout ce que la mer peut fournir et en respirant l’odeur de l’océan, d’avoir la possibilité de désosser une anguille et de l’emporter, de déguster un morceau fraîchement découpé de thon tendre comme du beurre, de prendre un thé chaud et des sashimi frais pour le petit déjeuner au comptoir d’un tout petit restaurant rempli de clients gais en train d’apprécier le poisson pour ce qu’il est.
Mon Tokyo, c’est de passer des heures dans le magasin Kiddyland à admirer tous ces jouets qui me rajeunissent si bien que j’ai envie de me mettre à monter et à descendre les escaliers en courant car je déborde d’une joie enfantine pure, de parcourir l’avenue Kappabashi-dori jusqu’à ce que je trouve le magasin Maizuru pour à nouveau être comme une enfant qui joue à la dînette.
Mon Tokyo, c’est chaque coin de la ville, des lumières vibrantes et colorées de Shibuya et d’Akihabara à l’enfilade de portes cramoisies du temple Hie jinja à Akasaka.
Mon Tokyo, c’est le Narita express depuis l’aéroport, quand mon excitation monte à mesure que je m’approche du centre et que mon cœur bat à tout rompre du plaisir d’être là.
Mon Tokyo, c’est cette première expérience unique, quand j’étais perdue dans le métro, que j’ai sorti mon plan et qu’en moins de 10 secondes, trois personnes sont venues me voir pour me demander si j’avais besoin d’aide en se souciant de moi ; j’avais l’impression de rentrer chez moi.
Mon Tokyo, c’est tous ces merveilleux gens ; sympathiques, amusants, polis et attentionnés.
Mon Tokyo remplit tout mon cœur.

Le site de Mariel Clayton