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Aguri Sagimori et Mote Sinabel

Rencontre avec Aguri Sagimori et Mote Sinabel

Très intrigué par les clichés de la dernière collection d’Aguri Sagimori, Neon magazine est allé à la rencontre des deux artistes pour en savoir un peu plus sur leur collaboration. Ils nous ont reçu dans un showroom à Ebisu où nous avons pu discuter autour d’une table, des guimauves enrobées de chocolat et les photos de la collection devant nous.
Cedric Riveau

Sur son site, Aguri Sagimori présente sa collection Animisic ainsi :

Animisic est animal, animé, animation, musique.
Les images de la situation dansent avec un animal en étant mélangé. Je veux créer des choses que je peux ressentir directement en moi. Des choses qui ne nécessitent pas d’explications avec de longues phrases et non des choses auxquelles je pense de façon désordonnée.
Excepté la critique, la colère ou ce qui y ressemble, je rejoins tout ce qui m’est cher.
Ce que je fais est centré à partir de la communication avec les êtres humains puis je crée. Cependant, je l’ai mélangé avec l’existence contre laquelle je me blottis de manière plus plate cette fois-ci.
Vous êtes dominé par les mots si vous les admirez trop.

Vous trouverez des photos de la collection en bas d’article.

Neon magazine : Animisic mélange « animal », « animation », « musique »…
Aguri Sagimori : Oui, c’est ça.

NM : Pourquoi des photos cette fois-ci ? (NDLR : la dernière collaboration entre eux avait conduit à la vidéo naquid.)
Mote Sinabel : Nous n’avons pas eu assez de temps. Et le budget était plus limité aussi. Nous voulions faire une vidéo et c’est d’abord à la vidéo que nous pensions en fait.

NM : Comment votre collaboration a-t-elle commencé ?
AS : Au départ, je voulais faire une vidéo. Et il y a trois ou quatre saisons, Etsuko Meaux m’a montré plusieurs travaux dont celui de Mote. Je suis devenue fan !
MS : Oui, c’est Eiko Saeki et Etsuko Meaux qui nous ont présenté l’un à l’autre puisqu’elles travaillaient chacune avec l’un de nous. (NDLR : Saeki san et Meaux san travaillent comme relations publiques pour la mode.) Aguri et moi nous sommes rencontrés longuement à Paris. Aguri avait donc déjà vu mon travail avant ce premier rendez-vous.

NM : Et vous, connaissiez-vous le travail d’Aguri auparavant ?
MS : Non. Comme je suis basé à Paris, je ne connaissais pas encore son travail.

NM : Comment s’est passée la collaboration pour Animisic ?
MS : Aguri et moi, on se comprend très bien. Il y a une excellente connexion entre nous.
AS : Mote peut faire beaucoup de choses : de la vidéo, de la photo… mais l’idée de départ était de revenir à des ustensiles moins sophistiqués, des techniques non numériques, ce qu’il a accepté sans problème. Et nous nous sommes stimulés l’un et l’autre. Les dessins sont vraiment beaux et il a fait cela en deux heures !
NM : Vous avez peint sur un mur ?
MS : Non, non, sur un papier noir posé sur le sol. Comme elle mentionne les animaux dans le nom de sa collection, j’ai fait des dessins qui se rapprochent des animaux avec un contraste noir et blanc.
AS : Ensuite, nous avons fait les photos ici à Tokyo, avant la présentation de la collection à Paris.
MS : J’ai fait les dessins et les photos le matin même et je suis rentré sur Paris ce jour-là !

NM : Aguri, qu’est-ce que vous aimez dans le travail de Mote ?
AS : Il y a plein de choses en fait… (elle réfléchit) J’aime tout en fait ! (rires) Le côté sombre qui me correspond… mais c’est plutôt notre travail ensemble. Il suffit que je dise vaguement ce que je veux et Mote comprend tout de suite. Ca marche tout de suite. De plus, on se complète. Des choses auxquelles je n’ai pas pensé viennent de Mote parce qu’il comprend très bien mon travail. Quand il prend les modèles en main, ce qu’il produit correspond exactement à ce que je voulais faire sans même que j’ai à l’expliquer longuement.
MS : Sur mon site internet, on voit que mes premiers travaux sont effectivement assez sombres. Mais pour moi, c’est plus du zen, plus pointu. Et c’est justement cela qu’on partage tous les deux. Dès qu’elle dit quelque chose, paf, je comprends aussitôt et je peux le développer pour elle. Quand je travaille avec quelqu’un, je suis inspiré par ce qu’il ou elle fait et je peux me projeter dans ce que souhaite cette personne. Pour moi, la sensibilité est importante pour obtenir un résultat final intéressant. Et pour Aguri et moi, nos sensibilités sont justement très semblables.
NM : Et vous Mote, comment définissez-vous le travail d’Aguri ?
MS : (il réfléchit) De l’obscurité tordue. (rires) Même si pour moi, comme je le disais, ce n’est pas sombre, ce n’est pas négatif. Pour moi, c’est une image de tranquillité dans laquelle je peux sentir ce qui m’entoure.

NM : Quand on regarde naquid et quand on regarde animisic, on pense aux contraires comme par exemple les anges et les démons.
MS : Oui, oui. Noir et blanc. L’ombre et la lumière. C’est une combinaison dans laquelle nous nous exprimons. Les deux vont ensemble.
AS : Oui et le nom de la collection mélange aussi les genres. Je pense qu’on aime bien ça tous les deux.
NM : Nous, ce qu’on aime, c’est la force qui se dégage des clichés et aussi, il ne s’agit pas de clichés de mode traditionnels.

NM : Alors Aguri, vous avez réussi votre rêve : faire un défilé à Paris. (NDLR : voir notre article précédent) Comment ça s’est passé ?
AS : Je suis très heureuse bien sûr, le nombres de magasins a augmenté aussi mais pour les affaires, c’est plus dur. Qui plus est, le yen est très haut en ce moment. Donc pour le business, c’est dur mais faire un défilé à Paris, c’était un rêve.
Cedric Riveau
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Site d’Aguri Sagimori
Site de Mote Sinabel

Aguri Sagimori, créatrice de mode

Plus que trois jours avant la Japan Fashion Week nouvelle formule, rebaptisée Mercedes-Benz Fashion Week Tokyo du nom de son sponsor. L’occasion pour nous de vous présenter l’un des grands espoirs de la mode japonaise, Aguri Sagimori. « Aguri-chan », ainsi que l’appellent affectueusement ses pairs, est jeune, très jeune. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir la tête sur les épaules et des envies à revendre. Portrait.

Cedric RiveauLa première chose qui marque lorsque l’on rencontre Aguri Sagimori, c’est son regard, mystérieux mélange de détermination et de nonchalance. Comme si à 26 ans à peine, elle avait déjà fait le tour de ce tout petit monde qu’est la mode. Née à Osaka d’une mère qui elle-même travaille dans le milieu, son parcours paraît tout tracé : elle suivra le chemin de celle-ci mais à Tokyo, là où tout arrive, où tout se crée. Ensuite les choses se précipitent : elle est à peine diplômée que les premières récompenses arrivent, Grand Prix du jeune designer notamment, puis suivra le prestigieux Grand Prix de la mode du journal Mainichi.

L’année suivante, nous sommes en 2008, c’est la première participation à la Japan Fashion Week et le premier défilé : « À l’époque je ne connaissais pas grand chose, je ne savais pas comment fonctionne un défilé, et même la mode en général. Evidemment, c’était quelque chose d’un peu angoissant, d’inquiétant, et en même temps c’est peut-être grâce à ça que je m’en suis plutôt bien sortie. Enfin, je crois. »

Pour son deuxième défilé, Aguri Sagimori s’inspire du film Les oiseaux d’Alfred Hitchcock. Un choix qui surprend lorsque l’on connaît les goûts de la jeunesse japonaise, d’habitude plus adepte du shopping que des classiques du cinéma. « C’est quelque chose que j’aime, ces ambiances un peu noires, que ce soit les livres de Edogawa Rampo ou les films de Hitchcock. Plus que les choses tout simplement belles, les choses qui brillent, j’aime quand la beauté surgit de quelque chose de sombre. J’ai ça en moi. »

Viendront ensuite 3 autres défilés à la Fashion Week Tokyo jusqu’au dernier, en mars 2010. Ensuite, il y eut un film, réalisé par Mot Sinabel, et une installation présentée au Suntory Museum lors de l’édition Printemps/Été 2011. Depuis, plus de défilés mais de simples présentations en showroom. Aguri Sagimori ne sera pas non plus de cette Fashion Week Tokyo 2012 S/S. Comme si celle qui dit « avoir encore beaucoup à apprendre » était passée à autre chose.

La suite ? Paris, peut-être, ville où elle présente ses collections depuis 2009 dans le cadre du projet Vantan Tokyo. Aguri y est allée quatre fois et visiblement elle n’a pas envie d’en rester là : « un jour, j’aimerais être considérée non plus comme encore une nouvelle maison japonaise venue présenter ses collections à Paris, mais comme une maison parisienne, tout simplement. » C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

http://www.agurisagimori.co.jp

Collections Automne-Hiver 2011-2012

Programmée du 18 au 25 mars dernier, la 12ème Japan Fashion Week n’a jamais eu lieu, annulée pour les raisons que l’on imagine après le terrible séisme du 11 mars : répliques incessantes, risque nucléaire à Fukushima. Pas vraiment la tête à ça non plus, et tant pis si pour nombre de marques japonaises déjà dans le rouge le coup est dur.

Un mois plus tard, les créateurs dévoilent aujourd’hui leurs collections Automne-Hiver 2011-2012. Lors de défilés pour certains – Nozomi Ishiguro et araisara notamment – sur photos ou vidéo pour les autres, à retrouver en ligne sur le site de la Japan Fashion Week.

Nous à NEON nos favoris s’appellent Yoshio Kubo, Aguri Sagimori, Phenomenon (photo ci-contre) ou encore G.V.G.V. À vous de choisir les vôtres !

http://www.jfw.jp

En Une : G.V.G.V.

Fashion Week AW 2010-2011, un an déjà

Plus qu’un mois avant la Japan Fashion Week automne/hiver 2011-2012, à suivre ici-même dans NEON Magazine à partir du 21 mars. L’édition 2010-2011 c’était du 23 au 26 mars 2010 et nous y étions déjà. Souvenirs, souvenirs…

A Tokyo, la semaine de la mode dure 365 jours et elle est à tous les coins de rue ou presque, aussi mouvante et hétéroclite que le sont les mille et un quartiers qui composent la ville : jeune et insolente dans les ruelles de Harajuku, plus adulte et sophistiquée à Aoyama, BCBG à Daikanyama et vintage à Nakameguro… Sans oublier l’épicentre de la jeunesse locale, objet de tous les fantasmes : Shibuya, royaume de la « girl » (prononcez « ga-a-lu ») du nom de ces jeunes Japonaises un peu poupées, un peu pétasses qui en ont fait leur lieu de rendez-vous. Elles ont même leur grand magasin rien qu’à elles, le 109, dont on raconte que Paris Hilton elle-même y aurait ses habitudes. Plus branché tu meurs. Pas un hasard si des créateurs aussi influents que Marc Jacobs et John Galliano ont fait de la ville l’un de leurs terrains de chasse favoris. Tokyo capitale de la mode ? Dans la rue sans doute, sur les podiums c’est moins sûr…

Tokyo capitale de la mode… mais pas des podiums

Lancée en 2006 par une industrie de la mode lassée de voir ses meilleurs espoirs détaler à vitesse grand V vers les podiums européens, la Fashion Week japonaise peine en effet à décoller : la presse locale snobe l’événement, trop occupée à commenter le dernier sac Vuitton ou la prochaine collaboration entre Comme des Garçons et Moncler, tandis que les médias internationaux ont eux dû trouver le voyage trop long pour faire le déplacement.

Qu’à cela ne tienne, l’événement était cette année encore organisé dans le luxueux complexe de Midtown, au beau milieu des boutiques de mode et des épiceries fines, pas très loin non plus de la galerie 21_21 design sight imaginée par Issey Miyake et l’architecte Tadao Ando. C’est le très chic Ritz-Carlton qui coiffe l’ensemble, on s’attendait donc à être reçu aux petits fours et au champagne. Grossière erreur. Ni tapis rouge, ni crus millésimés pour nous accueillir mais un lounge presse riquiqui et un café tiedasse servi dans des tasses en plastique… Pour le glamour c’était raté. Heureusement, il y avait les défilés.

naquid by Aguri Sagimori

naquid by Aguri Sagimori

naquid by Aguri Sagimori

Aguri Sagimori – dont on a cherché en vain le défilé lors de la Japan Fashion Week des collections printemps/été 2011 – nous présente sa dernière collection non pas sur un runway mais devant une camera. Un film énigmatique réalisé par mote sinabel pour montrer le travail de l’artiste avec des matières blanches, beiges ou noirs ou encore des peintures corporelles. À voir ET à écouter.