Archives de catégorie : Photo

Neon magazine

3/3/12 – 06S @ Womb

Le samedi 3 mars 2012, le club WOMB à Shibuya a présenté des artistes du label EXIT RECORDS qui ont ravi ce soir-là tous les amateurs de drum and bass venus pour l’occasion.

dBridge et SP:MC, les invités de cet événement ainsi que dj aki des soirées 06S, ont tenu en haleine une salle comble pendant la majeure partie de la soirée. On s’y est rendu pour vous rapporter quelques images images de l’ambiance.
Photos : Bruce
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Bruce Mennel

Music & Visual @ M Daikanyama

Retour des party snaps sur Neon magazine et retour au M en ce début d’année 2012.
Pré-event du mois du numérique qui commence la semaine prochaine, nous étions au M ce samedi soir pour voir Amano Takeru, Pokara de l’équipe « Seed » et écouter quelques lives au programme avec notre ami hajimeinoue et Artlism.jp et un show de Coppe de Mango Sweet Rice ou encore des créations de Glmn.
Neon profite aussi de cette occasion pour débuter une nouvelle collaboration avec Bruce, notre party reporter.

Petit aperçu de la soirée. Photos by Bruce.
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Cedric Riveau

MAMI’s SNAPS

Mami Tanabe
[[11.11.11-WE ARE ONE- ]]
when 2011/11/11
where daikanyamaM

2011/11/11 あなたは何をしていた? 私はdaikanyama M のPARTY[[11.11.11-WE ARE ONE- ]]に行ってきたよ。
Et toi, tu étais où le 11/11/11 ? Moi, j’étais à la soirée 11.11.11-We are one au M à Daikanyama.

MAX GiGiによるとても印象的なpaint performance▼
Le live painting de Max Gigi était très impressionnant !

凸ぴちゃ凹によるSpecial danse performance △
凸ぴちゃ凹のdanse performanceは存在感がつよく感じられる。
La présence sur scène de Deco Picha Boco a provoqué une grande émotion dans la salle.

他にもtripを中心としたDJ たちがフロアーを盛り上げた。
Tous les DJs et surtout Trip ont bien chauffé la salle.

electors▲
ALEXANDER LEE CHANG
BakiBaki
●CHRIS and Steve from « HORSE IS NOT »
GRAHAM (FTC SF)
trip
YATT (YOSHIROTTEN)
凸ぴちゃ凹 (deco picha boco)
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Izima Kaoru pour Neon magazine

Rencontre avec Izima Kaoru, photographe

Prénom : Kaoru. Nom : Izima. Profession : photographe. L’artiste a reçu Neon magazine dans son studio du sud de Tokyo. Au dernier étage d’un immeuble de la fin des années 60, avec des canapés design et quelques meubles éclairés par un magnifique lampadaire, tous de la même époque, nous avons pénétré dans ce vaisseau spatio-temporel de l’ère Showa avec ses fenêtres arrondies, ses chambranles en poutres et son véritable parquet qui craque. Un endroit entièrement rénové. De toute beauté. Assis sur le sofa, dans une atmosphère bon enfant, le photographe Izima nous a raconté son histoire, son rapport à la mode, ses magazines. Rencontre avec un touche à tout qui éclate de rire souvent mais qui cache une farouche détermination et qui poursuit le même objectif depuis des années : faire ce qu’il aime. Interview.

Cedric Riveau pour Neon magazineNeon magazine : Izima san, nos lecteurs ne vous connaissent pas forcément. Pourriez-vous présenter votre carrière et ce que vous faites.
Izima Kaoru : Je n’aime pas bien faire ma propre présentation… (rires) En général, les Japonais n’aiment pas beaucoup ça. (rires) Comment vous dire… (il réfléchit) J’ai toujours fait de la photo. Au départ, je faisais plutôt des reportages, des documentaires. Après, comme j’avais des amis musiciens, je me suis mis à faire des photos et à l’occasion des couvertures d’album ou des vidéos clips de plusieurs musiciens. Ensuite, des photos de mode pour des magazines. Et après, des photos de publicités et aussi des publicités pour la télévision… j’ai fait beaucoup de choses qui se sont enchaînées au fur et à mesure. Ce n’est que plus tard, en regardant en arrière, que j’ai réalisé que j’avais fait tout ça. À ce moment-là, j’ai aussi créé des magazines. Le premier s’appelait Sale, c’était un magazine gratuit… quand j’avais 25 ans environ. Je n’avais pas de travail à ce moment-là et je me suis dit que si je voulais travailler, il fallait que je fasse quelque chose moi-même. On distribuait nous même la publication et on vendait des pages de publicité à des magasins pour financer la publication.
Ensuite, avec des amis, avec toutes les photos sur la musique qu’on avait, on a fait un magazine qui s’appelait Cassette magazine. Ça faisait 16 pages. On vendait le magazine accompagné d’une cassette, le tout dans un sac.
Après, en revoyant mes photos de mode, j’ai pensé à faire un autre magazine. Quand je regardais les publications de l’époque, je les trouvais ennuyeuses. J’étais content de travailler pour des magazines mais je n’ai jamais vraiment eu un grand intérêt pour la mode. Bien sûr, je travaillais dans d’excellentes conditions : des grands mannequins, des vêtements magnifiques. J’ai appris beaucoup mais petit à petit, c’est devenu moins intéressant.
On me disait aussi qu’il fallait montrer les vêtements comme ci ou comme ça, devant un mur blanc pour ci ou pour ça. C’est devenu ennuyant. J’avais envie de photographier autrement, différemment des standards visuels, ce que je faisais déjà un peu d’ailleurs. Et je me suis dit : « Tiens ça serait bien si le modèle était un « corps », même pour une photo de mode ». Aucun magazine ne m’a permis de prendre des photos de modèles comme cela. C’était regrettable pour moi parce que je savais qu’il y avait là une idée à creuser. Je voulais donc développer ça coûte que coûte et le montrer aux gens. La seule façon de pouvoir le faire était donc de créer mon propre magazine. C’est comme cela que j’ai commencé zyappu.
J’ai donc pu publier mes photos comme je voulais pendant 5 ans. Et au bout de 5 ans, l’éditeur a mis la clé sous la porte donc on a arrêté le magazine.
Pour cette série que je voulais continuer, une galerie allemande m’a demandé de faire une exposition solo. J’avais enfin un regard extérieur qui me disait de continuer parce que cela avait un intérêt. C’est ce que j’ai fait, sans avoir à publier de magazine. J’ai pu développer les photos telles quelles et commencer à les vendre.

NM : Nous sommes en quelle année là ?
IK : En 2000. C’est en 2000 que j’ai commencé à montrer et à vendre mes photos à travers des expositions. Tout en faisant cela, j’ai continué à réaliser ce que je faisais avant : des publicités, des clips…

NM : Et maintenant, vous travaillez sur quelque chose de nouveau ?
IK : En plus de ma série des corps, il y a la série One Sun (NDLR : sur des photos ronde, avec un fisheye et une pause allant jusqu’à 24h, Izima san retrace le parcours du soleil dans le ciel), il y a des travaux que je n’ai pas encore annoncés, des essais que je suis en train de faire et qui deviendront des travaux photographiques. Il y en a plusieurs pour le moment.
Il y a aussi une exposition pour l’année prochaine, en juillet (NDLR : voir la note n°1 en bas de la page 2). Je vais présenter de nouvelles photos sur ma série des corps.

NM : Bonne nouvelle ! On a hâte de voir ça !
IK : Merci ! (rires) Il s’agit d’une exposition collective au musée de la ville de Toyota sur le thème de la mort.

NM : Des photos de grandes tailles ?
IK : Oui, oui, comme celles que vous avez vues à Tokyo photo 2011.

NM : Oui, parce que quand nous avons vu cette grande photo de Maki Sakai en Jil Sander, nous avons tout de suite eu envie de faire un papier sur vous.
IK : Mais vous savez, c’est très difficile d’exposer des photos de cette taille dans les galeries. Je suis donc très content de faire cette exposition à Toyota parce qu’on pourra mettre des grands tirages. C’est en fait le premier musée japonais à m’avoir invité.

NM : Ah bon ?!
IK : Oui, il y a finalement peu de réaction de la part des musées japonais et du public.

NM : Comment considérez-vous votre travail ? Mystérieux ou ironique ?
IK : C’est une question intéressante… parce que je n’avais pas pensé à ça. (rires) Je n’ai pas l’intention de faire un travail mystérieux ou ironique. Je pense que je suis quelqu’un d’assez direct. Mais les gens qui se posent des questions sur mon travail pensent que je cherche à rendre positif un aspect des choses qui peut être négatif. Ce n’est pas histoire de changer quelque chose. C’est plutôt de dire que ce n’est pas quelque chose de négatif. Ce que les gens considèrent comme négatif, au contraire, je le vois comme positif. C’est ce que je cherche à dire avec mes photos. À propos de la mort, c’est quelque chose que les Japonais ont plutôt envie d’éviter. Les gens n’ont pas vraiment envie de parler de ça, de s’en approcher.

NM : La mort est plutôt un sujet tabou dans beaucoup de cultures.
IK : Oui, oui, les hommes en ont plutôt peur. Mais aussi, chez nous, il y a une certaine dimension esthétique de la mort avec par exemple les kamikaze, harakiri… Les gens pensent donc souvent que moi aussi, je fais un travail esthétique sur la mort. Pour moi, pas particulièrement. En fait, la mort n’est pas si différente de la naissance. Les deux sont au même niveau. La naissance est quelque chose qu’on célèbre et qui est merveilleux. Pourquoi la mort ne serait-elle pas la même chose ?

NM : Mais vous ne montrez pas de vrais morts.
IK : Exactement ! Mais aucun de nous ne peut voir sa naissance ou sa mort. Quand on voit une naissance, on pense que c’est merveilleux parce qu’on sait que nous-même on est né et que c’est fabuleux d’être de ce monde. C’est aussi ce que chacun pense de la naissance d’un autre. Mais pour son propre décès, on ne peut pas savoir comment cela va se passer. Une fois décédé, on peut se demander : « Comment je suis mort ? dans la douleur ? dans la maladie ? » Quand les gens regardent en arrière, ils devraient se dire que leur vie a été célébrée, que leur vie a été intéressante et c’est comme cela que la mort de chacun devrait se dérouler. C’est l’image que je souhaite donner. Et la personne elle-même décédée célèbre sa propre mort. C’est cela que je veux montrer. C’est pourquoi je ne cherche pas à montrer une mort réaliste mais mon image de la mort, ma philosophie sur ce moment.

Tokyo vu par - Neon magazine

Tokyo vu par… Silvin Barreda, mannequin

Deux samedis par mois, « Tokyo vu par… » c’est le regard d’une personnalité de l’art, du design ou de la culture sur la ville : ses quartiers, ses magasins, ses souvenirs aussi. Un regard sincère et personnel sur Tokyo et autant d’idées de promenades et de découvertes.

Silvin BerredaSi vous ne connaissez pas son nom, son visage, lui, vous est peut-être familier. Silvin Barreda est mannequin, de ceux que l’on voit dans les magazines et sur les affiches 3×4. New-York hier, Paris, Londres ou Berlin demain : les mégapoles sont son terrain de jeu, lui le globe-trotter toujours entre deux avions, deux fuseaux horaires. L’une de ces villes pourtant l’a marqué plus qu’aucune autre : Tokyo vu par Silvin Barreda c’est ici même, en exclusivité pour NEON Magazine.

Silvin Barreda : « Tokyo c’est pour moi comme une deuxième maison. Lors de mon premier séjour, pour mon boulot de mannequin en janvier 2011, j’ai réalisé mon rêve : Tokyo était la ville qui me fascinait le plus. J’en suis tombé amoureux tout de suite, d’elle et de tout ce qui la compose. C’est à Tokyo aussi que j’ai commencé la photo. La ville me donne beaucoup, elle me rend créatif et c’est pour ça que je suis revenu début juillet. J’y ai passé deux mois et demi, prenant toujours le même plaisir à redécouvrir la ville, comme si elle me parlait. C’est sans doute elle d’ailleurs qui m’a soufflé l’idée d’orienter mon travail photo sur l’architecture et la nature. À Tokyo, l’une et l’autre se mêlent jusqu’à parfois ne faire plus qu’un.

Mon Tokyo, c’est Roppongi. C’est là où je viens vivre à chaque fois, tous mes repères sont ici, j’aime ce quartier pour y faire la fête.

Shibuya aussi, pour le coté « j’en prends plein les yeux » avec aussi de très bon clubs comme le Womb, entre autres.

Shinjuku enfin, pour ses buildings au look futuriste et son quartier coréen. »

Photo Silvin Barreda

MAMI’s SNAPS

Un rendez-vous en chasse un autre… Après les Party Snap, place à MAMI’s SNAP, un regard sincère et tendre sur l’actualité de la mode, de la nuit, et bien d’autres choses encore. C’est avec Mami Tanabe et c’est deux dimanches par mois dans NEON Magazine !

TOKYO GIRLS COLLECTION @ Saitama Super Arena, 03/09/2011

嵐が近ずくなか3万人もの人が集まった。会場は終始、笑顔に包まれていた。今回初めて参加するアメリカンアパレルRUNWAYと普段見る事は出来ない舞台裏を紹介します。

« Alors qu’un typhon s’approchait de Tokyo, trente mille personnes s’étaient rassemblées hier. Du début à la fin, des sourires sur tous les visages et pour moi l’occasion d’assister au premier défilé American Apparel ici et de vous présenter un endroit souvent tenu secret, les coulisses. »

Mami
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ILLUMINANCE Cover Design Idea foil

Rinko Kawauchi – Illuminance

Cedric RiveauLes photos de Rinko Kawauchi sont comme hors du temps. Elles nous parlent de choses simples, les objets qui nous entourent, le temps qui passe, les êtres qui nous sont chers. À l’occasion de la sortie de son nouveau livre, Illuminance, elle nous a reçus pour une interview intime et délicate au café ART + EAT Bakuro-cho, à quelques pas de la galerie Foil avec laquelle elle travaille aujourd’hui.

Neon magazine : Bonjour Rinko. Pour commencer, est-ce que vous pouvez nous expliquer quand et comment vous avez commencé la photographie ?
Rinko Kawauchi : Quand j’étais à l’université. J’étudiais le graphisme à cette époque et j’avais un cours de photographie une fois par semaine. J’ai aimé de plus en plus et je me suis concentré sur la photo plus que sur le graphisme.

NM : Et le graphisme dans tout ça ?
RK : Plus rien ! À priori, je n’en ferai jamais.

Quand j’ai fini mes études, j’ai travaillé dans un studio photo, je faisais des publicités. À Osaka. En fait, je suis née à Shiga mais j’ai grandi à Osaka. Dans ce studio, je n’ai travaillé qu’un an. Après, je suis venu m’installer à Tokyo où j’ai aussi travaillé en studio pendant deux ans avant de devenir indépendante.

NM : Pourquoi venir à Tokyo ?
RK : Ben vous savez… Osaka… Vous y êtes déjà allés ? Je veux dire c’est une ville sympa, pour vivre… mais en ce qui concerne le boulot, c’est pas terrible surtout pour la photo. Il y a très peu d’éditeurs ou de boîtes… donc j’ai décidé de venir à Tokyo aussi parce que j’avais besoin de m’améliorer, d’apprendre d’autres techniques, de travailler l’éclairage, la manipulation des appareils photo… ce que je ne pouvais pas trouver à Osaka. Vous savez, mon travail consistait à prendre des objets, des choses de peu d’intérêt… ça ne m’excitait pas vraiment.

La quantité de studios dans la capitale est aussi bien plus importante et je pouvais trouver des choses plus intéressantes à faire.

NM : Vous connaissiez quelqu’un quand vous êtes arrivée ?
RK : Non.

NM : Vous pouvez nous expliquer comment vous travaillez ?
RK : (Elle réfléchit) J’aime les détails, les petites choses qui nous entourent. En fait, le quotidien me fascine. Ce qui est à des kilomètres, loin de moi, ça me parle beaucoup moins. Surtout si je ne connais pas. Mais une tasse par exemple, elle peut représenter le monde qui m’entoure. Le petit univers qui m’entoure lui m’intéresse beaucoup parce que c’est celui dans lequel je vis.

NM : On pourrait donc définir votre travail par quelque chose comme: « Voici mon univers » ?
RK : Oui, c’est ça.

Les beautés menacées de Romain Slocombe

Romain Slocombe est photographe, écrivain, cinéaste. Scénariste de bande-dessinée aussi, et peintre. Ses livres parlent du Japon et de son histoire moderne, les yakuzas, la secte Aum. Ses photos, elles, montrent des femmes entravées, platrêes, prothéisées. A l’occasion de l’Exposition-rétrospective que lui consacre la librairie-galerie Le Monte-en-l’air, à Paris, nous lui avons demandé de nous parler de son travail, son « art médical ».

NEON Magazine : Romain Slocombe et le Japon, c’est une histoire qui commence quand ?
Romain Slocombe : Quand j’étais petit, mon père, architecte, avait un collègue japonais, M. Machida, qui m’a appris à manger avec des baguettes dans un restaurant japonais. Ce monsieur venait à la maison avec des cadeaux enveloppés dans un furoshiki, il était très gentil et courtois, et m’a donné une très bonne impression du Japon… Ensuite, je me suis intéressé aux estampes japonaises, et au cinéma japonais. Au festival d’Avignon vers 1970, il y a eu une extraordinaire rétrospective de la Nouvelle vague nippone, Oshima, Yoshida, Suzuki… J’ai pensé qu’il se passait beaucoup de choses passionnantes au Japon dans la culture contemporaine. L’été 1977, j’ai effectué mon premier séjour à Tokyo, grâce à ma petite amie japonaise de l’époque, qui m’a invité là-bas.

NM : Vous exposez aujourd’hui vos modèles « médicales », ces femmes quasi nues qui exhibent les traces de leurs corps mutilés. Comment est né ce projet et quand l’avez-vous commencé ?
RS : Les rapports entre la médecine et l’art m’ont toujours intéressé, en partie à cause d’un fantasme qui remonte à mon enfance. Les corps que je représente dans mon travail pictural ou photographique sont — plus souvent que « mutilés » — enveloppés de bandages ou immobilisés par les plâtres ou les accessoires orthopédiques. C’est l’enveloppement, ou l’immobilisation, par le blanc, qui est la clé de mon univers fantasmatique. Mes premières images sur ce thème datent des années 1970, avec une bande dessinée intitulée « Prisonnière de l’Armée rouge », qui détourne ironiquement les scénarios des vieilles BD sadomaso américaines en les adaptant au Japon contemporain et au terrorisme des groupuscules maoïstes… Puis, en 1983, j’ai publié une compilation graphique, « L’Art médical », qui plus tard a d’ailleurs donné un néologisme au Japon dans les milieux underground : « Medicaru âto ».

Tokyo vu par - Neon magazine

Tokyo vu par… Sophie Boursat, artiste plasticienne

Deux samedis par mois, « Tokyo vu par… » c’est le regard d’une personnalité de l’art, du design ou de la culture sur la ville : ses quartiers, ses magasins, ses souvenirs aussi. Un regard sincère et personnel sur Tokyo et autant d’idées de promenades et de découvertes.

Sophie Boursat est artiste plasticienne, écrivain, photo dealer. Agent aussi, de Photographer Hal notamment. De passage à Tokyo, entre un vernissage à Ginza et une fin de soirée à Shinjuku 2-Chōme, elle a accepté de nous raconter son Tokyo. Ça parle de photo, bien sûr, de beaux bouquins et de Jinbocho. Ça parle aussi de liberté, beaucoup. Clic-clac, c’est parti.

Sophie Boursat.jpgMon Tokyo

Mon Tokyo parle photographie, mange photographie, boit photographie et ses saveurs imprègnent maintenant toute ma vie. Mon Tokyo a commencé le jour où je suis devenue la première collectionneuse de Photographer Hal sur le stand Tosei-sha lors du Paris Photo 2008. Enthousiasmée, je devenais son agent. Sous les figures enchevêtrées et hilares des officionados du mouvement Tokyo decadance, je percevais clairement la vivacité de l’underground tokyoïte et son potentiel de résistance. J’en aime la liberté. Mon Tokyo est cette première fois où emboitant le pas de Kunihiro Takahashi, cher éditeur de Tosei-sha, je pénétrais dans Kodoji, bar minuscule du Kabuki-cho et haut lieu de vie de la photographie. J’y rencontrais Onaka Koji, mon Tokyo est alors devenu Tokyo candy box, la première exposition organisée à Paris, une ville photographiée comme une suite de modèles réduits, enfantine, colorée et consciente toute à la fois de sa puissance et de la vanité de ses affirmations. Mon Tokyo c’est Jimbocho et ses livres de photos. Mon coup de foudre encore pour New grains of sand de Hiromi Tsuchida, un extraordinaire travail à la fois sur la représentation des foules et sur l’artificialité d’un monde digitalisé. Mon Tokyo est un appétit infini de découvrir mille saveurs et mille photographies et aussi ces amitiés précieuses et fortes, ces engagements radicaux, passionnants car passionnés, cette chance que j’ai de pouvoir partager ces vies….

Photo Anne Garde
Sophie a écrit L’eau et l’huile publié chez Sabine Weispieser.

Takashi Homma - New Documentary"

Takashi Homma, « New Documentary »

Takashi Homma - PortraitTakashi Homma est un chroniqueur.
Avec ses photos, il nous montre un Tokyo loin des paillettes, un album de famille, une chaîne de restauration rapide, la vie de tous les jours d’une petite fille ou encore des traces de sang sur la neige. Son bonnet en coton vissé sur la tête, il se balance sur sa chaise tout en répondant aux questions pour parler du choix du titre de sa rétrospective. Il parle de son travail sans vraiment en parler parce que ça ne l’intéresse pas d’en faire une analyse. Il parle avec son cœur, signe son œuvre de son sang justement. Lui, il veut juste que les gens voient ce qu’ils ont envie de voir devant ses photos. Comme si ce n’était pas déterminé. Une chose est sûre pourtant, New Documentary montre bien à quel point il ne veut pas qu’on le rattache au photo-journalisme. Ce nouveau documentaire se différencie de l’uniformité des images qu’on nous balance tous les jours, surtout en cette période de catastrophe nationale après le séisme du 11 mars, parce qu’il souhaite montrer des points de vue différents. D’ailleurs, l’organisation de l’exposition a été revue jusqu’à la dernière minute. On entre par la sortie habituelle, l’emplacement des photos a été finalement décidé vers 5 heures, le matin du vernissage.
On navigue donc dans le grand cœur de cet homme modeste avec cette rétrospective qui n’en est pas tout à fait une. Interview.

 

Neon Magazine : Pourriez-vous vous présenter s’il vous plaît ?
Takashi Homma : Je suis un photographe qui s’intéresse à l’art contemporain et à la photographie. En fait, au Japon, la plupart des gens pensent que la photographie est juste de la photographie, que ce n’est pas un art contemporain. Mais je dirais que la photographie est en rapport avec l’art contemporain. C’est pour cette raison que je fais des expositions dans des musées d’art contemporain.

NM : Vous voulez dire que vous ne voudriez pas exposer au musée de la photographie à Ebisu par exemple ?
TH : Oui, en fait, il y a plusieurs années, ils m’ont contacté mais j’ai refusé pour cette raison précise. Le musée de la photographie d’Ebisu n’est pas un musée d’art contemporain. Dans quelques temps, je n’exclus pas la possibilité d’exposer là-bas mais d’abord, pour une grande exposition comme celle-ci, je tiens à le faire dans un musée d’art contemporain. Comme à Kanazawa au musée du XXIe siècle où cette rétrospective a commencé.

NM : Comment définissez-vous votre travail ?
TH : Avec cette exposition, j’avais la possibilité de montrer tout mon travail mais je n’ai pas souhaité cela. J’ai voulu montrer mes travaux récents, mes travaux en cours. En fait, l’idée de faire une rétrospective qui montre tout ne m’intéresse pas en soi. Donc j’ai décidé de changer le concept de cette exposition avec mes travaux en cours. C’est ce qu’on peut voir réparti ici dans les différentes pièces.

NM : Selon vous, quelle est la constante dans votre travail ?
TH : Les gens me disent souvent que ce que je fais est très disparate, que mes travaux sont très disparates. Mais pour moi, il n’y a pas de différence. Je choisis toujours le concept et le sujet n’est pas si important. Je recherche une façon de prendre des photos, une façon de faire en tant que photographe. Ici, j’ai mis New Documentary (NDLR : titre de l’exposition) parce que les gens pensent au documentaire comme une partie intégrante du journalisme, comme dans les reportages photo des magazines par exemple. Pour moi, ce n’est vraiment qu’un aspect… je réfléchis à d’autres façons, des chemins alternatifs parce que je pense qu’il y a beaucoup de manières d’approcher un thème ou un fait de société. Je veux ainsi proposer plusieurs chemins pour voir un documentaire. Par exemple, avec Tokyo and my daughter, j’ai fait un album photo. L’album photo de famille est un type de documentaire très important. Surtout avec le séisme du 11 mars, beaucoup de gens ont perdu leur famille et l’album de famille est un devenu un objet précieux pour eux quand ils le regardent. C’est un souvenir, une chose très importante et la photographie leur rappelle ce qui est perdu par exemple.

NM : Votre travail est-il objectif alors ?
TH : Les gens font ce qu’ils veulent de mes photos. Je propose une façon de voir ce qui m’entoure mais l’audience est libre de le voir comme elle le veut. Pour moi, un bon travail ou une bonne photo se trouve dans la combinaison de toutes les façons avec lesquelles on peut la regarder. Par exemple dans Trails (NDLR : son dernier travail), les gens voient ce qui apparait devant leurs yeux comme bon leur semble. « Oh, c’est du sang de cerf » pour l’un ou « Tiens des taches de peinture ! » pour l’autre et ça c’est ok. Justement, tout à l’heure, une femme qui m’interviewait me demandait : « Mais comment vous avez fait pour mettre du sang à cet endroit ? » (rires) Mais je trouve ça super, ça me fait plaisir. Une personne va voir du sang, une autre de la peinture ou autre chose et c’est ce que je veux !
À l’opposé, le documentaire photographique typique ne propose qu’une lecture : « Oh, regardez cet enfant qui meurt de faim ! » ou quelque chose comme cela. C’est très triste parce qu’il y a plein de possibilités dans chaque photo et que c’est ainsi qu’il faut les montrer.