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Tokyo vu par - Neon magazine

Tokyo vu par… Karyn Poupée, journaliste et Jean-Paul Nishi, mangaka

Deux samedis par mois, « Tokyo vu par… » c’est le regard d’une personnalité de l’art, du design ou de la culture sur la ville : ses quartiers, ses magasins, ses souvenirs aussi. Un regard sincère et personnel sur Tokyo et autant d’idées de promenades et de découvertes.
En cadeau de Noël pour Neon magazine, Karyn Poupée et Jean-Paul Nishi ont généreusement créé ce dessin.
Neon magazine en profite pour vous souhaiter un excellent Noël à vous tous qui nous lisez.

Karyn Poupée (vrai nom) est journaliste, correspondante permanente de l’Agence France-Presse (AFP) à Tokyo depuis 2005, ainsi que du magazine Le Point et de Radio Canada. Installée au Japon depuis une dizaine d’années après cinq ans de navette entre Paris et Tokyo, elle est aussi l’auteur de deux essais socio-historiques: Les Japonais (éditions Tallandier, prix Shibusawa Claudel 2009) et Histoire du manga (Tallandier). Cette « éternelle étudiante » ne songe pas une seconde retourner habiter en France, mais ne prétend pas non plus être devenue japonaise.

Jean-Paul Nishi : sous cet étrange nom de plume, ce dessinateur de manga japonais croque des anecdotes rapportées de séjours à Paris où il a notamment vécu en 2005, après avoir hésité plusieurs années avant de devenir mangaka professionnel. Il est l’auteur d’une série sur la vie (pas facile) d’un Japonais dans la capitale française, initialement publiée dans un magazine de manga féminin (Office you), puis en recueils (Paris no mayoikata, Paris aishiteruze). De nouveaux épisodes, résultats de plusieurs autres brefs séjours, sont en préparation, à paraître en 2012. Parallèlement, Jean-Paul Nishi illustre chaque semaine de façon personnelle et décalée la chronique socio-technologique « Live Japon » publiée par Karyn Poupée sur le site français Clubic.
Neon magazine

Izima Kaoru pour Neon magazine

Rencontre avec Izima Kaoru, photographe

Prénom : Kaoru. Nom : Izima. Profession : photographe. L’artiste a reçu Neon magazine dans son studio du sud de Tokyo. Au dernier étage d’un immeuble de la fin des années 60, avec des canapés design et quelques meubles éclairés par un magnifique lampadaire, tous de la même époque, nous avons pénétré dans ce vaisseau spatio-temporel de l’ère Showa avec ses fenêtres arrondies, ses chambranles en poutres et son véritable parquet qui craque. Un endroit entièrement rénové. De toute beauté. Assis sur le sofa, dans une atmosphère bon enfant, le photographe Izima nous a raconté son histoire, son rapport à la mode, ses magazines. Rencontre avec un touche à tout qui éclate de rire souvent mais qui cache une farouche détermination et qui poursuit le même objectif depuis des années : faire ce qu’il aime. Interview.

Cedric Riveau pour Neon magazineNeon magazine : Izima san, nos lecteurs ne vous connaissent pas forcément. Pourriez-vous présenter votre carrière et ce que vous faites.
Izima Kaoru : Je n’aime pas bien faire ma propre présentation… (rires) En général, les Japonais n’aiment pas beaucoup ça. (rires) Comment vous dire… (il réfléchit) J’ai toujours fait de la photo. Au départ, je faisais plutôt des reportages, des documentaires. Après, comme j’avais des amis musiciens, je me suis mis à faire des photos et à l’occasion des couvertures d’album ou des vidéos clips de plusieurs musiciens. Ensuite, des photos de mode pour des magazines. Et après, des photos de publicités et aussi des publicités pour la télévision… j’ai fait beaucoup de choses qui se sont enchaînées au fur et à mesure. Ce n’est que plus tard, en regardant en arrière, que j’ai réalisé que j’avais fait tout ça. À ce moment-là, j’ai aussi créé des magazines. Le premier s’appelait Sale, c’était un magazine gratuit… quand j’avais 25 ans environ. Je n’avais pas de travail à ce moment-là et je me suis dit que si je voulais travailler, il fallait que je fasse quelque chose moi-même. On distribuait nous même la publication et on vendait des pages de publicité à des magasins pour financer la publication.
Ensuite, avec des amis, avec toutes les photos sur la musique qu’on avait, on a fait un magazine qui s’appelait Cassette magazine. Ça faisait 16 pages. On vendait le magazine accompagné d’une cassette, le tout dans un sac.
Après, en revoyant mes photos de mode, j’ai pensé à faire un autre magazine. Quand je regardais les publications de l’époque, je les trouvais ennuyeuses. J’étais content de travailler pour des magazines mais je n’ai jamais vraiment eu un grand intérêt pour la mode. Bien sûr, je travaillais dans d’excellentes conditions : des grands mannequins, des vêtements magnifiques. J’ai appris beaucoup mais petit à petit, c’est devenu moins intéressant.
On me disait aussi qu’il fallait montrer les vêtements comme ci ou comme ça, devant un mur blanc pour ci ou pour ça. C’est devenu ennuyant. J’avais envie de photographier autrement, différemment des standards visuels, ce que je faisais déjà un peu d’ailleurs. Et je me suis dit : « Tiens ça serait bien si le modèle était un « corps », même pour une photo de mode ». Aucun magazine ne m’a permis de prendre des photos de modèles comme cela. C’était regrettable pour moi parce que je savais qu’il y avait là une idée à creuser. Je voulais donc développer ça coûte que coûte et le montrer aux gens. La seule façon de pouvoir le faire était donc de créer mon propre magazine. C’est comme cela que j’ai commencé zyappu.
J’ai donc pu publier mes photos comme je voulais pendant 5 ans. Et au bout de 5 ans, l’éditeur a mis la clé sous la porte donc on a arrêté le magazine.
Pour cette série que je voulais continuer, une galerie allemande m’a demandé de faire une exposition solo. J’avais enfin un regard extérieur qui me disait de continuer parce que cela avait un intérêt. C’est ce que j’ai fait, sans avoir à publier de magazine. J’ai pu développer les photos telles quelles et commencer à les vendre.

NM : Nous sommes en quelle année là ?
IK : En 2000. C’est en 2000 que j’ai commencé à montrer et à vendre mes photos à travers des expositions. Tout en faisant cela, j’ai continué à réaliser ce que je faisais avant : des publicités, des clips…

NM : Et maintenant, vous travaillez sur quelque chose de nouveau ?
IK : En plus de ma série des corps, il y a la série One Sun (NDLR : sur des photos ronde, avec un fisheye et une pause allant jusqu’à 24h, Izima san retrace le parcours du soleil dans le ciel), il y a des travaux que je n’ai pas encore annoncés, des essais que je suis en train de faire et qui deviendront des travaux photographiques. Il y en a plusieurs pour le moment.
Il y a aussi une exposition pour l’année prochaine, en juillet (NDLR : voir la note n°1 en bas de la page 2). Je vais présenter de nouvelles photos sur ma série des corps.

NM : Bonne nouvelle ! On a hâte de voir ça !
IK : Merci ! (rires) Il s’agit d’une exposition collective au musée de la ville de Toyota sur le thème de la mort.

NM : Des photos de grandes tailles ?
IK : Oui, oui, comme celles que vous avez vues à Tokyo photo 2011.

NM : Oui, parce que quand nous avons vu cette grande photo de Maki Sakai en Jil Sander, nous avons tout de suite eu envie de faire un papier sur vous.
IK : Mais vous savez, c’est très difficile d’exposer des photos de cette taille dans les galeries. Je suis donc très content de faire cette exposition à Toyota parce qu’on pourra mettre des grands tirages. C’est en fait le premier musée japonais à m’avoir invité.

NM : Ah bon ?!
IK : Oui, il y a finalement peu de réaction de la part des musées japonais et du public.

NM : Comment considérez-vous votre travail ? Mystérieux ou ironique ?
IK : C’est une question intéressante… parce que je n’avais pas pensé à ça. (rires) Je n’ai pas l’intention de faire un travail mystérieux ou ironique. Je pense que je suis quelqu’un d’assez direct. Mais les gens qui se posent des questions sur mon travail pensent que je cherche à rendre positif un aspect des choses qui peut être négatif. Ce n’est pas histoire de changer quelque chose. C’est plutôt de dire que ce n’est pas quelque chose de négatif. Ce que les gens considèrent comme négatif, au contraire, je le vois comme positif. C’est ce que je cherche à dire avec mes photos. À propos de la mort, c’est quelque chose que les Japonais ont plutôt envie d’éviter. Les gens n’ont pas vraiment envie de parler de ça, de s’en approcher.

NM : La mort est plutôt un sujet tabou dans beaucoup de cultures.
IK : Oui, oui, les hommes en ont plutôt peur. Mais aussi, chez nous, il y a une certaine dimension esthétique de la mort avec par exemple les kamikaze, harakiri… Les gens pensent donc souvent que moi aussi, je fais un travail esthétique sur la mort. Pour moi, pas particulièrement. En fait, la mort n’est pas si différente de la naissance. Les deux sont au même niveau. La naissance est quelque chose qu’on célèbre et qui est merveilleux. Pourquoi la mort ne serait-elle pas la même chose ?

NM : Mais vous ne montrez pas de vrais morts.
IK : Exactement ! Mais aucun de nous ne peut voir sa naissance ou sa mort. Quand on voit une naissance, on pense que c’est merveilleux parce qu’on sait que nous-même on est né et que c’est fabuleux d’être de ce monde. C’est aussi ce que chacun pense de la naissance d’un autre. Mais pour son propre décès, on ne peut pas savoir comment cela va se passer. Une fois décédé, on peut se demander : « Comment je suis mort ? dans la douleur ? dans la maladie ? » Quand les gens regardent en arrière, ils devraient se dire que leur vie a été célébrée, que leur vie a été intéressante et c’est comme cela que la mort de chacun devrait se dérouler. C’est l’image que je souhaite donner. Et la personne elle-même décédée célèbre sa propre mort. C’est cela que je veux montrer. C’est pourquoi je ne cherche pas à montrer une mort réaliste mais mon image de la mort, ma philosophie sur ce moment.

ILLUMINANCE Cover Design Idea foil

Rinko Kawauchi – Illuminance

Cedric RiveauLes photos de Rinko Kawauchi sont comme hors du temps. Elles nous parlent de choses simples, les objets qui nous entourent, le temps qui passe, les êtres qui nous sont chers. À l’occasion de la sortie de son nouveau livre, Illuminance, elle nous a reçus pour une interview intime et délicate au café ART + EAT Bakuro-cho, à quelques pas de la galerie Foil avec laquelle elle travaille aujourd’hui.

Neon magazine : Bonjour Rinko. Pour commencer, est-ce que vous pouvez nous expliquer quand et comment vous avez commencé la photographie ?
Rinko Kawauchi : Quand j’étais à l’université. J’étudiais le graphisme à cette époque et j’avais un cours de photographie une fois par semaine. J’ai aimé de plus en plus et je me suis concentré sur la photo plus que sur le graphisme.

NM : Et le graphisme dans tout ça ?
RK : Plus rien ! À priori, je n’en ferai jamais.

Quand j’ai fini mes études, j’ai travaillé dans un studio photo, je faisais des publicités. À Osaka. En fait, je suis née à Shiga mais j’ai grandi à Osaka. Dans ce studio, je n’ai travaillé qu’un an. Après, je suis venu m’installer à Tokyo où j’ai aussi travaillé en studio pendant deux ans avant de devenir indépendante.

NM : Pourquoi venir à Tokyo ?
RK : Ben vous savez… Osaka… Vous y êtes déjà allés ? Je veux dire c’est une ville sympa, pour vivre… mais en ce qui concerne le boulot, c’est pas terrible surtout pour la photo. Il y a très peu d’éditeurs ou de boîtes… donc j’ai décidé de venir à Tokyo aussi parce que j’avais besoin de m’améliorer, d’apprendre d’autres techniques, de travailler l’éclairage, la manipulation des appareils photo… ce que je ne pouvais pas trouver à Osaka. Vous savez, mon travail consistait à prendre des objets, des choses de peu d’intérêt… ça ne m’excitait pas vraiment.

La quantité de studios dans la capitale est aussi bien plus importante et je pouvais trouver des choses plus intéressantes à faire.

NM : Vous connaissiez quelqu’un quand vous êtes arrivée ?
RK : Non.

NM : Vous pouvez nous expliquer comment vous travaillez ?
RK : (Elle réfléchit) J’aime les détails, les petites choses qui nous entourent. En fait, le quotidien me fascine. Ce qui est à des kilomètres, loin de moi, ça me parle beaucoup moins. Surtout si je ne connais pas. Mais une tasse par exemple, elle peut représenter le monde qui m’entoure. Le petit univers qui m’entoure lui m’intéresse beaucoup parce que c’est celui dans lequel je vis.

NM : On pourrait donc définir votre travail par quelque chose comme: « Voici mon univers » ?
RK : Oui, c’est ça.

Les beautés menacées de Romain Slocombe

Romain Slocombe est photographe, écrivain, cinéaste. Scénariste de bande-dessinée aussi, et peintre. Ses livres parlent du Japon et de son histoire moderne, les yakuzas, la secte Aum. Ses photos, elles, montrent des femmes entravées, platrêes, prothéisées. A l’occasion de l’Exposition-rétrospective que lui consacre la librairie-galerie Le Monte-en-l’air, à Paris, nous lui avons demandé de nous parler de son travail, son « art médical ».

NEON Magazine : Romain Slocombe et le Japon, c’est une histoire qui commence quand ?
Romain Slocombe : Quand j’étais petit, mon père, architecte, avait un collègue japonais, M. Machida, qui m’a appris à manger avec des baguettes dans un restaurant japonais. Ce monsieur venait à la maison avec des cadeaux enveloppés dans un furoshiki, il était très gentil et courtois, et m’a donné une très bonne impression du Japon… Ensuite, je me suis intéressé aux estampes japonaises, et au cinéma japonais. Au festival d’Avignon vers 1970, il y a eu une extraordinaire rétrospective de la Nouvelle vague nippone, Oshima, Yoshida, Suzuki… J’ai pensé qu’il se passait beaucoup de choses passionnantes au Japon dans la culture contemporaine. L’été 1977, j’ai effectué mon premier séjour à Tokyo, grâce à ma petite amie japonaise de l’époque, qui m’a invité là-bas.

NM : Vous exposez aujourd’hui vos modèles « médicales », ces femmes quasi nues qui exhibent les traces de leurs corps mutilés. Comment est né ce projet et quand l’avez-vous commencé ?
RS : Les rapports entre la médecine et l’art m’ont toujours intéressé, en partie à cause d’un fantasme qui remonte à mon enfance. Les corps que je représente dans mon travail pictural ou photographique sont — plus souvent que « mutilés » — enveloppés de bandages ou immobilisés par les plâtres ou les accessoires orthopédiques. C’est l’enveloppement, ou l’immobilisation, par le blanc, qui est la clé de mon univers fantasmatique. Mes premières images sur ce thème datent des années 1970, avec une bande dessinée intitulée « Prisonnière de l’Armée rouge », qui détourne ironiquement les scénarios des vieilles BD sadomaso américaines en les adaptant au Japon contemporain et au terrorisme des groupuscules maoïstes… Puis, en 1983, j’ai publié une compilation graphique, « L’Art médical », qui plus tard a d’ailleurs donné un néologisme au Japon dans les milieux underground : « Medicaru âto ».

Festival Romantic Geography

Festival Romantic Geography

Nous vous en parlions lors de la soirée de lancement à l’automne dernier. En attendant la sortie du numéro 2, annoncée pour juin, l’équipe du magazine Too Much est de retour avec un festival intitulé Romantic Geography le samedi 7 et le dimanche 8 mai à la galerie Vacant, à Harajuku.

Au programme le samedi, un workshop avec le photographe Taro Hirano suivi en début de soirée d’une discussion entre l’architecte Jun Aoki et le critique mode Take Hirakawa. Le dimanche sera lui consacré à la situation de l’art en Chine, suite notamment à l’arrestation de l’artiste Ai Wei Wei le 3 avril dernier à l’aéroport de Pékin.

A noter aussi, une collecte d’éco bags sera organisée pour les sinistrés du Tohoku du 7 au 22 mai, en collaboration avec le designer Toru Yoshikawa.


Samedi 7 mai
11:00 : Cities and Xerox, workshop photo avec Taro Hirano
Participation : 5000 yens
En anglais / japonais


Samedi 7 mai
18:00 : Cities and fashion, par Take Hirakawa et Jun Aoki
Participation : 2000 yens
En japonais uniquement


Dimanche 8 mai
17:00 RELEASE AI WEIWEI par Misa Shin
Participation : 1000 yens
En anglais / japonais

VACANT
3-20-13 Jingumae Shibuya Tokyo
www.n0idea.com

Yoshitaka Haba, le passeur de livres

Cibone, Loveless, The Contemporary Fix… La liste des réalisations du BACH de Yoshitaka Haba ressemble comme deux gouttes d’eau à un guide idéal du Tokyo chic et tendance. Pas surprenant venant de celui qui a révolutionné la façon dont on vend et classe les livres. Il nous a recus dans ses bureaux, à Aoyama pour nous parler de livres, bien sûr, mais aussi de l’Ipad, de Kenji Miyazawa et d’un mystérieux citron qui se prend pour une bombe… Interview.

NEON Magazine : Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter pour les lecteurs de NEON Magazine ?

Yoshitaka Haba : À l’origine, je travaillais dans une librairie, le Aoyama Book Center de Roppongi, j’ai travaillé là-bas jusqu’en 2002. J’ai un peu tout fait là-bas, et même jusqu’à la caisse, mais à l’origine j’étais en charge de l’architecture et du design. C’est moi qui m’occupais des acquisitions, par exemple.

En fait, à l’université, ma spécialité c’était le droit et les sciences politiques. Ce n’est pas que ça ne m’intéressait pas du tout, mais moi ce qui passionnait c’était l’art. J’étudiais tout seul, par moi-même, et aussi avec un professeur, chez qui j’allais. Et puis comme c’est vrai aussi que j’avais toujours aimé ça, je me suis retrouvé à travailler dans cette librairie.

Et c’est justement à l’époque où j’ai commencé à travailler dans cette librairie que le marché du livre s’est considérablement transformé avec l’essor d’Amazon. Les gens ont commencé à moins venir dans les librairies. Et c’est là que je me suis dit : « Et bien, si les gens ne viennent plus dans les librairies, il faut que les librairies aillent à eux. »

Donc, après avoir quitté Aoyama Book Center, j’ai voulu créer mes propres librairies, ou plus exactement des lieux où l’on pourrait vendre des livres. C’est comme ça que sont nées par exemple les boutiques du National Art Center ou l’espace librairie de la boutique Cibone. Plus récemment, j’ai aussi travaillé sur une boutique de vêtements à Yokohama.

C’est ce qui me motive maintenant, créer des lieux de rencontres entre les gens et les livres. J’ai commencé en 2003 avec le Tsutaya Tokyo, celui qui est installé au bas de Roppongi Hills, à côté des boutiques de luxe. C’est moi qui me suis chargé de la sélection des livres proposés. Les résultats ont été bons, en termes de chiffres d’affaires comme en termes d’images, ce qui ma permis de recevoir d’autres propositions.

À l’étranger, ce genre de lieux c’est quelque chose qui existait déjà, mais au Japon c’était nouveau. Jusque-là, les librairies devaient être des lieux impeccables, et les livres tous bien rangés et en parfait état.

NM : Oui, le Tsutaya Tokyo c’est celui où il y aussi un Starbucks, et on peut prendre les livres avec soi pour les feuilleter en buvant son café.

YH : Oui, et comme en plus il est situé à Roppongi (NDLR : l’un des quartiers les plus animés de Tokyo, la nuit notamment. Les étrangers y sont nombreux) il est ouvert 24h/24, ou presque, un peu comme certains grands cinémas. L’idée, ce n’est pas seulement de créer un espace pour les livres, c’est de créer un lieu de rencontres, un média presque. Et donc ensuite j’ai reçu d’autres propositions et j’ai pu travailler sur d’autres projets.

Interview de Kyoichi Tsuzuki

Journaliste, photographe, critique… Kyoichi Tsuzuki est un peu tout cela à la fois. Il est aussi l’un des plus fins connaisseurs de la culture japonaise de ces 50 dernières années. Il nous a reçus fin novembre dans son atelier-bureau du quartier de Jinbocho. Interview.

NEON Magazine – Benoît : L’un comme l’autre, nous sommes arrivés pour la première fois au Japon à la fin des années 90, et nous avons découvert Tokyo Style à la même époque. En ce qui me concerne, c’est d’ailleurs un livre qui m’a donné l’envie de vivre à Tokyo.

Kyoichi Tsuzuki : Merci beaucoup.

NM – Benoît : Depuis, j’ai continué à suivre votre travail, que ce soit la série des Roadside, les livres sur le design… Vous avez sorti beaucoup de livres.

KT : Oui, c’est vrai.

NM : Votre travail est à la fois celui d’un journaliste, d’un éditeur, d’un critique…

KT : Non, non…

NM : Il peut aussi se rapprocher de celui d’un ethnologue. Vous-même, quand vous expliquez ce que vous faites, que dites-vous ?

KT : Moi, je suis éditeur. Je publie des livres, des magazines. Les livres que je voudrais publier sont nombreux, les sujets que je voudrais couvrir aussi. Mais le problème c’est que les budgets sont très limités. C’est pour ça d’ailleurs que j’ai commencé à prendre des photos.  À vrai dire je n’aime pas beaucoup ça, prendre des photos. Si je pouvais trouver un bon photographe, rapide et pas cher, c’est la solution que je choisirais. Quelqu’un qui écoute ce qu’on lui dit. Mais ça aussi c’est très difficile, et de toute façon même si je pouvais travailler en équipe, à 2 ou 3, ça coûterait beaucoup trop cher
Alors qu’en travaillant seul, en prenant les photos moi-même, en écrivant les textes et aussi bien sûr en négociant tout par moi-même, il y a des quantités de sujets à faire. C’est pour ça que pour moi, prendre les photos et rédiger les textes par moi-même c’est quelque chose d’accessoire, d’utilitaire.
En fait ce que je veux, c’est faire toujours plus de sujets, de reportages.

NM : À l’origine, c’est ce que vous faisiez pour les magazines Popeye et Brutus, n’est-ce pas ?

KT : Oui en effet, je travaillais pour des magazines.

NM : Et pourtant vous avez les quittés, ces magazines.

KT : À vrai dire je travaillais seulement en free-lance, je n’ai jamais touché le moindre salaire, pas une seule fois. Alors finalement, arrêter ce travail n’a pas changé grand chose. C’est d’ailleurs pour ça que les expositions que je peux faire, ce sont pour moi comme des opérations de relations publiques.
En ce sens, quand j’expose, quand mes photos sont accrochées dans des galeries ou des musées, je ne me soucie pas que les spectateurs regardent vraiment mes photos. Par exemple, quand je prends des photos dans un musée de cire, si j’étais artiste ou photographe, je voudrais que l’on trouve mes photos belles. Mais ce n’est pas mon cas, moi ce que je veux c’est que la personne ait envie d’aller voir elle-même l’endroit que j’ai photographié.
À mon sens, c’est ce qui différencie le travail d’un artiste de celui d’un journaliste. Par exemple, si je pense au photographe et artiste Hiroshi Sugimoto. Il se trouve que nous prenons souvent en photo les mêmes endroits. Nous nous connaissons et sommes même bons amis. Mais ces photos à lui ont 10.000 fois plus de valeur que les miennes. En même temps, personne n’aurait l’envie en regardant ses photos d’aller sur place.
Par exemple, je ne me dirais pas : « Ah, je voudrais aller voir cette mer, je voudrais visiter ce musée de cire ». Ses photos sont belles, mais pour moi ça n’a aucune importance. Je veux moi donner aux gens l’envie d’aller voir d’eux-mêmes.
Ce n’est pas que l’un soit mieux que l’autre, c’est juste que ce sont deux métiers différents. Je ne veux pas perdre du temps lorsque je prends une photo, et je ne me soucie pas non plus que mon texte soit beau ou non. Par exemple (NDLR : KT nous montre une photo dans son livre Roadside USA) quand on prend une photo dans un endroit comme celui-là on va attendre qu’arrive un beau ciel bleu pour prendre la photo.
Pour un artiste c’est normal et c’est ce qu’il doit faire. Mais pour moi le plus important c’est de faire ce que je peux faire, dans l’instant. Si le temps est nuageux, je veux que ma photo donne cette impression de temps couvert. La différence est là.

Le Japon sans fard de Kyoichi Tsuzuki

Disques et magazines qui s’empilent jusqu’à des hauteurs vertigineuses, guitare électrique posée à même le sol, vêtements en pagaille… Les intérieurs présentés dans Tokyo Style n’ont pas grand chose de zen. Un choc pour celui qui les découvre, l’idée surtout que le Japon c’est aussi ça : une curiosité débordante, et la passion souvent monomaniaque des mordus, les vrais. Le reflet aussi d’un consumérisme devenu art de vie ou presque, quoi qu’on puisse en penser. Ce qui est sûr c’est que le Tokyo de Kyoichi Tsuzuki ressemble comme deux gouttes d’eau à celui qu’on a découvert nous-même plus tard, pour de vrai, et ça c’est énorme. 

Après 10 années passées à écrire pour Popeye et Brutus et depuis la sortie de Tokyo Style en 1993, Kyoichi Tsuzuki a beaucoup voyagé : au Japon bien sûr mais aussi en Europe, aux USA ou en Thaïlande. Maniaques de la modeHappy victims, exposé au Centre National de la Photographie, à Paris, en 2003 – love hôtels (photo de une) et snacks… Les sujets qu’il ramène de ses voyages sont populaires et pas vraiment hype, loin, très loin de ceux qu’on a vus et revus mille fois dans les magazines du genre. Une œuvre d’autant plus précieuse qu’elle est rare. Merci Tsuzuki san !

Interview de Kyoichi Tsuzuki à lire dès mardi prochain dans NEON Mag

Le site officiel de Kyoichi Tsuzuki

Photo Kyoichi Tsuzuki

Too Much, Magazine of Romantic Geography

Le magazine Too Much, petit dernier des éditions OK Fred, fêtait son lancement à la galerie Happa du côté de Nakameguro le 19 novembre dernier. Nous y étions et nous y avons rencontré Audrey Fondecave-Tsujimura, co-fondatrice et éditrice du magazine.

NEON Magazine : Pour commencer, est-ce que vous pouvez nous présenter les éditions OK Fred ? Je crois que vous éditiez un autre magazine auparavant, justement intitulé OK Fred ?

Audrey Fondecave-Tsujimura : Les éditions OK FRED ont débuté en 2001 par la publication du magazine OK FRED, un magazine d’abord tourné vers la musique, puis la culture en général avec des numéros bilingues, anglais-japonais. D’autres publications ont vu le jour comme le livre « OK FRED x Death by Basel with EYE Yamataka ». Nous avons à présent cessé la publication du magazine OK FRED. Pour lancer TOO MUCH magazine, un magazine en anglais sur les villes.

NM : Too Much est, je lis sur la couverture, un « magazine of Romantic Geography », est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que ça signifie, et aussi comment est née l’idée de ce magazine ?

AFT : L’idée est de discuter des villes, d’architecture, mais surtout de garder une approche humaine, en s’intéressant surtout à leurs habitants avec par exemple le point de vue des skaters. D’où l’appellation romantique, une approche plus organique.

NM : Ça y est, le numéro 1 est sorti, à quoi peut-on s’attendre pour la suite ? Est-ce que vous travaillez déjà sur le numéro 2 ?

AFT : Le numéro 2 est à paraître au Printemps 2011, il se présentera comme un guide de Tokyo. Pour ce qui est des interviews, pour l’instant je ne peux annoncer que l’interview d’Apichatpong Weerasethakul.

À Tokyo, Too Much Magazine est en vente chez Sakumotto, On sundays et Vacant. À l’étranger, il est distribué par Idea Books.

http://toomuchmagazine.com/

Louis Vuitton City Guide 2011

600 textes, près de 750 adresses présentées : le meilleur de Tokyo dans un coffret Louis Vuitton, rien que ça. Et comme chez LV on ne fait jamais rien à moitié, la marque au damier légendaire a produit trois balades vidéo pour marquer l’évènement. Elles sont signées Romain Chassaing et nous emmènent à New-York, Berlin et Paris.

www.louisvuitton.com