Archives de catégorie : Art

Hors Pistes Tokyo 2012

soirée RedboxEt voilà, c’est parti pour la deuxième version de Hors Pistes Tokyo !

Du 2 au 10 juin 2012, le festival des nouvelles tendances artistiques présentera une grande sélection d’artistes du monde entier issus du cinéma, de la musique, de la danse, de la photographie, de la vidéo ou encore de l’art digital.
La présence de Chris Marker est remarquée pour les soirées du 3, 9 et 10 juin à l’institut français de Tokyo.

Le 4 juin aura lieu une soirée de projections au M à partir de 18h30

Du 5 au 7 juin, une série de courts métrages d’artistes internationaux au Uplink

Le 7 juin, une soirée de performances live auront lieu au Uplink à partir de 19h

Le 9 juin, la performance Bestiaire se déroulera au musée Hara de Tokyo

La soirée de cloture du 9 juin est à ne pas rater avec une carte blanche à Redbox à partir de 23h au www

Venez vous faire surprendre et admirer. Venez rencontrer les artistes et discuter avec eux.
Plus d’informations et de détails sur le site officiel de Hors Pistes Tokyo ou avec le programme (5Mo)

Otomo Katsuhiro – GENGA Exhibition

Difficile de présenter Ôtomo Katsuhiro sans abuser de superlatifs ! Figure tutélaire du manga contemporain, cité comme influence majeure par bon nombre de mangaka, et loué même par le grand Moebius, l’homme a signé dans les années 80 un mythe de la science-fiction en bande dessinée, Akira. Et c’est bien sûr autour de cette œuvre de poids, qui fut pour nombre d’occidentaux la porte d’entrée vers le manga et/ou la culture japonaise, qu’est structurée la rétrospective Otomo Katsuhiro GENGA Exhibition ouverte depuis le 9 avril dans les lumineux espaces du Chiyoda Arts Center. Akira, oui bien entendu, mais pas que…
Neon magazine était au vernissage. Impressions.

La plus grande salle rassemble les planches originales de titres moins connus du grand public mais tout aussi forts, comme Dômu – Rêves d’Enfants, Highway Star, ou Magnetic Rose, ainsi qu’une multitude d’illustrations couleurs tirés d’Akira, Robot Carnival, ou des deux art-books Kaba, des réalisations pour la publicité, pour les magazines, pour la télévision ou encore quelques (trop) rares crayonnés et celluloïds.
Comme pour la peinture classique c’est la puissance de la couleur, la maitrise du trait, sa technicité, le foisonnement de détails ou même l’épaisseur du papier, les petites erreurs corrigées parfois, et toutes les petits choses qui échappent aux reproductions imprimées qu’on à le plaisir de découvrir et à étudier ici, s’extasiant devant tant de finesse, de précision, d’inventivité et même d’humour parfois.

Si l’aura des 3000 planches originales d’Akira reste intact pour les fans, ravis de pouvoir vérifier chaque trait, chaque phylactère, ou chaque aplat de la série culte, c’est surtout du côté de la dernière salle que l’effervescence est à son comble : pour une poignée de yens reversées à l’association caritative Think the Earth (engagée entre autre dans la reconstruction du Tôhoku) vous pouvez en effet enfourcher la rutilante monture de Kaneda et enfiler son tout aussi iconique cuir rouge.

Le mur éclaté par la force psychique d’un des protagonistes de Dômu a beau être également impressionnant, difficile de rivaliser avec un deux roues mythique…

Mais plus encore que ces attractions taille réelle c’est l’immense fresque inaugurée par le maître himself et le gratin du manga et de l’animation lors du vernissage (Inoue Takehiko, Matsumoto Taiyô, Moriyama Kôji, Taniguchi Jirô, Urasawa Naoki, Terada Katsuya et beaucoup d’autres…) qui devrait attirer vos faveurs ; une fresque hommage complétée depuis par les visiteurs plus ou moins anonymes. Un bien beau final !

La rétrospective se tient jusqu’au 30 mai 2012. Foncez-y !

Informations billetterie (en japonais)
Chiyoda Arts Center
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Pleq – La mélancolie du son

Au début, avouons-le, on a cru qu’il était japonais. Autant d’amis ici, ça ne pouvait pas s’expliquer autrement. Tout faux. Pleq – de son vrai nom Bartosz Diadoz – est polonais, ce qui ne l’empêche pas de sortir certaines de ses productions sur des labels nippons, l’excellent Progressive fOrm notamment. Il est aujourd’hui dans NEON avec en bonus track exclusif le magnifique One night in Tokyo, un morceau signé Pleq et Aki Tomita.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


NEON Magazine : Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?
Pleq : Je m’appelle Bartosz Dziadosz. J’ai 28 ans, je suis philosophe et je travaille comme musicien expérimental.

NM : Lorsque vous parlez de votre musique, vous utilisez souvent les mots « glitch » et « mélancolie », est-ce que vous pouvez expliquer ces deux mots, et pourquoi ils sont si importants pour vous ?
Pleq : Ce sont deux mots qui correspondent parfaitement à ma musique même si elle ne se réduit pas à cela. Je n’ai pas la prétention de créer une musique d’un genre complètement nouveau, ou que la musique que je produis nécessite un nom à part. En fait, je crois que la plupart de mon travail a à voir avec la mélancolie, une mélancolie dans laquelle viennent s’introduite des éléments de glitch,les boucles par exemple.

NM : Vous semblez avoir beaucoup d’amis au Japon : Aki Tomita, Shintaro Aoki, Fraqsea, Hajimeinoue, etc. Comment expliquez-vous cette proximité ? Est-ce que cela signifie que votre musique a quelque chose en commun avec la sensibilité japonaise, ou quelque chose comme ça ?
Pleq : Je crois que ma musique se rapproche beaucoup de ce que peuvent faire tous ces artistes, mais ce ne sont pas les seuls et il y en a d’autres dans de nombreux pays. Je pense par exemple à Ametsub, qui a masterisé mon CD « Good Night Two » sorti en février 2011 chez Progressive Form. Il y a aussi mon ami manager du label mAtter (NDLR: Yukitomo Hamasaki) à Tokyo. Nous avons eu l’occasion de jouer ensemble à Wroclaw, en Pologne. Ça a été une expérience incroyable. Et pour ce qui est de la sensibilité, ça vient peut-être du fait que je suis fasciné par la culture japonaise. J’ai d’ailleurs l’impression que ma musique y est plus appréciée, mieux comprise que n’importe quel autre pays.

NM : J’aime tout particulièrement votre morceau One night in Tokyo, enregistré avec Aki Tomita, et j’ai été vraiment surpris en découvrant que vous n’étiez jamais allé à Tokyo. Comment avez-vous composé ce morceau ? Est-ce que vous aviez des images de Tokyo en tête ? Des sons ?
Pleq : Merci. Oui, c’est quelque chose d’étrange parce que je n’y suis encore jamais allé mais je travaille beaucoup avec Tokyo, mes CD sont vendus là-bas. En tout cas, oui c’est comme ça que j’imagine une nuit à Tokyo.

NM : Quelques mots sur vos projets à venir ? Des sorties prévues ?
Pleq : Ah, c’est une des mes questions préférées. À Noël dernier, j’ai sorti mon premier vinyl sur le label Berliner. Pour ce vinyl, j’ai collaboré avec Hiroki Sasajima et Harry Towell (Spheruleus). Un autre projet est une collaboration avec Jason (Offthesky) à partir de musiques de films mais je ne sais pas encore exactement quand ça va sortir. Je suis aussi en discussion avec Low Point, Experimedia et Spekk.
Un autre projet est un CD avec Hakobune qui devrait sortir en juin mais je ne sais pas encore sur quel label. Il y aussi des EP avec LUUP, un artiste grec qui joue de la flûte, ça devrait sortir sur le label islandais Wist Rec. Il y a aussi un double Box Cdr avec Spheruleus qui sortira sur Time Released Sound. Et enfin quelques complilations CD sur les labels Progressive FOrM et Mille Plateaux.

Bruce

Coïncidence – Adrien M / Claire B

Coïncidence, c’est Claire et Adrien. C’est une plasticienne et un danseur informaticien. C’est de la danse et du visuel. C’est un mélange de virtuel et de réel. C’est une performance dansée et jonglée. C’est magique, poétique et nous à Neon, on adore. Pour leur passage rapide à Tokyo en clôture du Mois du numérique, nous les avons rencontrés juste à la fin de leur performance le 7 mars dernier. Interview.

Neon magazine - BruceNeon magazine : pouvez-vous nous dire qui vous êtes et ce que vous faites ?
Adrien M : Moi, je suis jongleur et informaticien. J’ai commencé les deux en même temps, à la fac. Et j’ai travaillé dans l’informatique pendant une paire d’années avant de quitter pour me lancer sur la scène. On se donne à 300% sur les projets.
Claire B : On est partenaires sur la conception de ces spectacles. Moi, je suis plasticienne, donc designer graphique et scénographe.

NM : quels sont vos rôles dans le spectacle ?
CB : Adrien danse et moi j’anime les points et les lettres, toute la matière projetées avec lui, ce qui donne la sensation qu’il danse avec cette matière-là.

NM : Avez vous joué quelque part au Japon avant cette soirée de clôture du mois du numérique ?
AM : Non, nous étions en tournée en Thaïlande avant et nous sommes arrivés avant-hier…
CB : C’est une première au Japon ! (rires)

NM : pouvez-vous nous parler de vos tournées ?
AM : En fait, on aime beaucoup jouer à l’étranger parce qu’on travaille dans les arts visuels qui n’ont pas les barrières du langage qui se posent en général dans les spectacles. Et on adore découvrir de nouveaux endroits, de nouveaux gens.
CB : Le public en Asie est visiblement un public très attentif et enthousiaste.

NM : Quelles sont vos impressions par rapport à la scène japonaise ?
CB : Une écoute précise et fine du public qui nous a marquée.

NM : Quels sont vos projets à venir ?
AM : Il y en a plein !
CB : On déborde de projets !
AM : Il y a une exposition qui s’appelle « XYZT, les paysages abstraits » qu’on fait tourner et qui évolue constamment. On a aussi trois spectacles en tournée et on essaie de penser au prochain projet scénique qui est prévu pour début 2014.
CB : On espère revenir au japon avec une exposition qui permet aux spectateurs de rentrer dans un dispositif numérique et d’expérimenter cette matière numérique vivante.

Quelques photos de la soirée
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Voici la bande annonce du spectacle

Hors Piste Tokyo

NATURE DIGITALE : pré-event Hors Pistes Tokyo 2012

Hors Piste TokyoHors Pistes Tokyo est de retour !
Avec Nature Digitale, un événement du Mois du Numérique de l’Institut franco-japonais de Tokyo, le festival et l’Institut proposent d’explorer de nouveaux territoires en préparation du festival qui se tiendra du 2 au 10 juin.

Dans « Nature numérique », performances visuelles, vocales et scéniques se mêlent et se succèdent dans le cadre d’un paysage naturel, pour étendre l’espace et le temps, créant une sensation extatique issue du mélange de matières organiques et numériques.
Une expérience sensorielle unique au sein d’une nature inattendue !

Avec Takeru Amano (Live painting), Unit Ambivalent (Performance d’ombres), Mocca (voix), crewimburnny (danse), Zevs (video), Takashi Yamaguchi (visuels), Miki Isojima (danse) et Artlism (son).
Samedi 25 février de 16h00 à 22h00 à L’Institut Franco-Japonais de Tokyo – Entrée libre
Information sur le site de l’InstitutProgramme sur le site de Hors Piste Tokyo

PROGRAMME :

  • 16:00 Live Painting – Takeru Amano
  • 17:30 Performance d’ombres par Unit Ambivalent
  • 18:00 Performance voix– MOCCA
  • 18:45 Performance crewimburnny (danse) x Video live par ZEVS
  • 19:30 Performance de Takashi Yamaguchi (visuels) x Miki Isojima (danse) x Artlism (son)
  • 21:00 Soirée

En photo : Zevs

Toshi Fujiwara

Toshi Fujiwara, réalisateur

Documentariste au regard sans concession, Toshi Fujiwara s’est rendu fin avril 2011 dans les régions sinistrées autour de Fukushima. De ses 10 jours de tournage et d’entretiens découle No Man’s Zone, un témoignage poignant sur le quotidien des sinistrés restés sur leurs terres, mais également une réflexion sur la fin d’un monde, la fascination qu’elle crée et les images que l’on peut en transmettre.
Rencontre avec un cinéaste engagé.

Cedric RiveauNeon magazine : Pouvez-vous vous présenter ?
Toshi Fujiwara : Je m’appelle Toshi Fujiwara. Je suis cinéaste et je viens de faire un film, un documentaire sur la crise nucléaire à Fukushima. Ce n’est pas exactement un film sur la crise nucléaire, c’est plutôt sur les paysages autour de Fukushima et les gens qui y habitent ou qui y habitaient.

NM : Quelles étaient vos intentions au départ ?
TF : Quand je finis un film, j’oublie toujours ce qui se passe au début. (rires) Parce qu’il y a plein de choses qui se passent, le projet se transforme toujours.

NM : C’était aussi une de nos questions. Qu’est-ce qui a changé par rapport à l’idée de départ ?
TF : Tu te souviens de ce que j’ai écrit ? (NDLR : Toshi se tourne vers Valérie-Anne Christen, la productrice du film qui était avec nous au début de l’interview.)
Valérie-Anne Christen : Il avait écrit un long texte qui m’a interpellée. Je ne me rappelle pas en détail ce texte écrit en anglais mais ce qui m’a donné envie de lui donner un coup de main, c’est qu’il s’intéressait à ce qui se passait dans cette zone, aux gens qui y habitaient, aux gens qui y travaillaient, aux conséquences de la catastrophe sur la zone. Je trouvais que c’était très important d’en parler. A ce moment-là, tout le monde s’intéressait à son nombril… à Tokyo, est-ce qu’on allait être irradiés ?… et non aux gens qui en souffraient le plus.
TF : Finalement, l’idée de départ n’a pas tellement changé. Je voulais parler des gens et des lieux et non de l’effet à Tokyo. Des habitants touchés et impliqués dans l’accident. Et je ne voulais surtout pas parler de l’accident de la centrale en lui-même. On ne pouvait et on ne peut que faire des suppositions même maintenant donc ça ne valait pas la peine. C’est aux scientifiques de faire ce genre de documentaires. Approcher des scientifiques sur le sujet serait un autre film. Un film sur les scientifiques en fait. Les médias japonais avaient presque tendance à ignorer les habitants de la région.

NM : Est-ce pour cette raison que vous pensez que votre film est différent de tout ce qui a déjà été montré ?
TF : La réaction des gens qui ont vu le film est claire : ils ont trouvé le film différent de ce qui existe déjà.
NM : Pourquoi avoir voulu montrer les choses différemment alors ?
TF : J’ai voulu exprimer mon point de vue sans me compromettre avec des normes ou des représentations politiques sur le sujet.
NM : C’est justement ce qui nous a frappé. Ce n’est pas un film politiquement engagé et pourtant très engagé dans ce qu’il montre.
TF : D’ailleurs, avant de me lancer dans le projet, au moment où je rédigeais ce fameux texte, je pensais à une co-production internationale car si je restais dans le contexte japonais ou dans un contexte commercial pour produire le film, il aurait fallu faire un film politiquement engagé afin de cibler un public comme par exemple des groupes anti nucléaires japonais.

NM : Mais comment avez-vous présenté votre projet ? Comment l’aventure a commencé ?
TF : Grâce à internet.
NM : Ah bon ?
TF : Oui oui, Facebook !
VAC : On se connaissait de loin, on était amis sur Facebook où j’ai découvert son texte. J’ai aussi vu Jean-Michel Frodon (NDLR : Jean-Michel Frodon est historien du cinéma et travaille sur Slate.fr) à qui j’ai parlé du projet et on s’est lancés dans l’aventure.

NM : C’est la raison pour laquelle le film est une production française ?
VAC : Etant une jeune productrice française, même si je vis au Japon, il était plus simple pour moi d’aller chercher dans mes réseaux en France. (NDLR : Valérie-Anne Christen est responsable d’UniFrance Japon.) De plus, les aides publiques à la production sont intéressantes à prendre même si pour le moment on n’a pas un centime. Nous n’avons ni subvention française ni subvention japonaise pour le moment. Nous sommes donc à la recherche de subventions et nous présentons le film dans les festivals. (NDLR : Après la présentation au Filmex à Tokyo en 2011, No Man’s Zone a été présenté au 62e festival international du film de Berlin)
NM : Le texte du projet avait été rédigé en anglais pour essayer de toucher le plus de monde possible ?
TF : Oui et parce que je cherchais une co-production internationale.
NM : Car la voix off du film est en anglais. Pour quelle raison ?
TF : Pour ne pas tomber dans le contexte socio-politique japonais en le faisant en japonais, pour ne pas tomber dans la facilité en utilisant ma propre langue pour critiquer Tepco et le gouvernement par exemple. Car avec un film en japonais pour chercher des producteurs japonais, il m’aurait fallu être critique, tomber dans une contrainte politique qui ne m’intéresse pas. Le texte de la voix off a été écrit au moment du montage.
NM : Pourquoi le choix d’une voix off alors ?
TF : Je dirai qu’elle donne une dimension narrative au film, un niveau supplémentaire. C’est quand on a tourné la scène à la fin du film, la scène avec les treize Bouddhas gravés sur la pierre. Il m’a semblé que c’était mieux de l’expliquer car tout le monde ne connaît pas sa symbolique. Cela montre le rapport entre le visible et l’invisible ainsi que les croyances animistes japonaises… Tout est concentré là-dedans et je savais qu’on pourrait développer des pensées un peu philosophiques et abstraites au lieu d’avoir une voix off qui ne fait que décrire ce qu’on voit. Une chose qu’il faut éviter au cinéma à mon sens. Le processus a été dur et j’ai écrit le texte une semaine avant le montage final.
Le choix de la personne fut important aussi. Nous avons pris une actrice arménienne qui est aussi libanaise et canadienne dont les langues maternelles sont l’arabe, le français et l’arménien et elle parle anglais donc le mélange est idéal plutôt que d’avoir une actrice française qui aurait donné une nationalité très précise. (NDLR : Arsinée Khanjian est actrice et productrice et femme d’Atom Egoyan qui est au générique de No Man’s Zone.) Cela nous a permis de sortir de tout contexte… surtout du contexte colonialiste dont l’image perdure encore aujourd’hui. Là, on a une voix complètement universelle d’une exilée. De plus, elle a une voix très douce et donc, si j’avais voulu être critique, cela aurait pu passer. Avec Arsinée, j’avais une voix indépendante. Si j’avais fait la voix off moi-même, ça devenait un film avec mon expérience personnelle. Cela aurait été vu comme quelque chose de fermé, comme le film d’un mec qui raconte son voyage. Avec une actrice comme Arsinée, ça devient ouvert et comme c’est en anglais, ça parle à tout le monde.
NM : Et bien pour quelqu’un qui dit qu’il ne fait pas un film engagé…
TF : Bien sûr. Surtout vis-à-vis de moi-même. (rires)

AntiVJ, label visuel

AntiVJ, c’est quelques personnes qui se sont retrouvées autour d’un même concept sur la vidéo-projection. Cherchant à aller plus loin que le cadre un peu fermé du VJ, ils se sont pris par les coudes pour sortir des clubs, à la recherche d’endroits pour poser leurs projecteurs, que ce soit sur des objets de la ville ou des installations entièrement conçues par eux. Dans le cadre du festival du Mois du numérique, ils montent une « pièce » pour l’institut français de Tokyo du mercredi 8 au 24 février 2012, tous les soirs sauf le dimanche. Un vrai projet de vidéo mapping à Tokyo, ça faisait un moment qu’on voulait voir ça à Neon et qu’on voulait rencontrer les artistes.
Ce jour-là, en pleine préparation, ils étaient quatre pour représenter AntiVJ : Nicolas Boritch, Simon Geilfus, Romain Tardy et Thomas Vaquié. Rencontre.
Cedric Riveau
Neon magazine : AntiVJ, c’est quoi ?
Nicolas Boritch : On définit le groupe en tant que « label visuel », comme un label de musique mais du coup, visuel. Il y a donc des artistes visuels qui sont au nombre de 5 (Simon Geilfus, Romain Tardy (NDLR : présents lors de l’interview), Yannick Jacquet, Joanie Lemercier et Olivier Ratsi (NDLR : qui ne sont pas venus au Japon). Pour faire court, le label a démarré en 2007. À l’initiative de Joannie Lemercier qui avec Romain, Yannick et Olivier cherchaient à tirer les projections, à les sortir de l’écran.
Romain Tardy : On était tous VJ à la base déjà. On ne se connaissait pas vraiment si ce n’est pas internet, via des forums etc. Et c’est Joanie qui a donné cette impulsion de faire en sorte qu’on se rencontre car avec Nicolas, ils organisaient des soirées à Bristol en Angleterre avec un artiste ou un groupe visuel invité et des DJs. On se retrouvait dans ces soirées et ça été le point de départ.
NB : Oui, le lien, c’était ça en fait. Le point de départ du label, c’était les quelques projets de ces personnes-là et on avait ces points communs d’utiliser de la vidéo projection, d’être VJ mais on en avait un peu marre du format et du contexte dans lequel évoluait les VJs, un cadre contraignant : une image carrée, plate sur un écran, derrière un DJ, dans un club… un cadre qui restreint ce que tu peux faire. Du coup, surtout Yannick, Joanie et Romain ont commencé à faire des installations avec le vidéoprojecteur qui projetait des choses sur des objets en volume, des structures assez simples ou avec des matières transparentes comme des tissus pour Yannick. C’est le point de rassemblement qui est toujours au cœur du label : utiliser les projecteurs dans l’espace qui nous entoure.
RT : Il y a aussi la volonté d’abolir la frontière entre la vidéo et la lumière. Le projecteur devient une source de lumière et non un simple objet, un simple vidéoprojecteur. L’idée générale du vidéoprojecteur est de projeter un film ou quelque chose sur une surface. Là, on utilise cet outil là pour finalement projeter de la lumière qu’à certains endroits. Nous, on utilise cette technique pour augmenter des objets, avoir un contenu qui soit en relation avec le volume, avec l’objet et pas un simple contenu plat.

NM : On voit aussi dans votre travail les gens se déplacer à l’intérieur de la lumière.
RT : C’est ça !
NB : Oui, l’immersion. C’est toujours dans la même idée de projeter dans l’espace autour de nous plutôt que d’avoir des choses uniquement frontales. On a décliné ça à travers des projets sur différents types de formats. On travaille sur trois types de formats. Les projections architecturales, un « mapping » sur un bâtiment, les installations audiovisuelles présentées dans des galeries, des festivals et les performances audiovisuelles, les lives comme par exemple une collaboration de Simon avec Murcof (NDLR : voir la photo et les vidéos en page 2) qu’on développe depuis presque deux ans maintenant. On a aussi des scénographes où là on construit une scène qui devient un support de projection.

Le mois du numérique à l’Institut français


Neon magazine est partenaire du Mois du numérique à l’Institut français de Tokyo.
Du 8 février au 7 mars, petit état des lieux technologique du monde numérique via différents artistes comme Grégory Chantonsky qui travaille sur l’empreinte digitale, David Guez qui nous questionne sur nos messages digitaux, Anti VJ qui illuminera le bâtiment de l’Institut via un dispositif de vidéo mapping, Alain Renk qui présentera son application pour la ville via l’iPad ainsi que plein d’autres encore.
Le festival Hors Piste Tokyo fera un pre-event le 25 février et bien sûr, nous y serons. Il y aura aussi une installation de jeux d’arcade dans la galerie, plongeon fun et nostalgique.
Pour plus de détails, voir la page du site de l’Institut ou bien télécharger le programme en pdf.

Crédit photo : Anti VJ – installation MURCOF + ANTIVJ

Tokyo vu par - Neon magazine

Tokyo vu par… Karyn Poupée, journaliste et Jean-Paul Nishi, mangaka

Deux samedis par mois, « Tokyo vu par… » c’est le regard d’une personnalité de l’art, du design ou de la culture sur la ville : ses quartiers, ses magasins, ses souvenirs aussi. Un regard sincère et personnel sur Tokyo et autant d’idées de promenades et de découvertes.
En cadeau de Noël pour Neon magazine, Karyn Poupée et Jean-Paul Nishi ont généreusement créé ce dessin.
Neon magazine en profite pour vous souhaiter un excellent Noël à vous tous qui nous lisez.

Karyn Poupée (vrai nom) est journaliste, correspondante permanente de l’Agence France-Presse (AFP) à Tokyo depuis 2005, ainsi que du magazine Le Point et de Radio Canada. Installée au Japon depuis une dizaine d’années après cinq ans de navette entre Paris et Tokyo, elle est aussi l’auteur de deux essais socio-historiques: Les Japonais (éditions Tallandier, prix Shibusawa Claudel 2009) et Histoire du manga (Tallandier). Cette « éternelle étudiante » ne songe pas une seconde retourner habiter en France, mais ne prétend pas non plus être devenue japonaise.

Jean-Paul Nishi : sous cet étrange nom de plume, ce dessinateur de manga japonais croque des anecdotes rapportées de séjours à Paris où il a notamment vécu en 2005, après avoir hésité plusieurs années avant de devenir mangaka professionnel. Il est l’auteur d’une série sur la vie (pas facile) d’un Japonais dans la capitale française, initialement publiée dans un magazine de manga féminin (Office you), puis en recueils (Paris no mayoikata, Paris aishiteruze). De nouveaux épisodes, résultats de plusieurs autres brefs séjours, sont en préparation, à paraître en 2012. Parallèlement, Jean-Paul Nishi illustre chaque semaine de façon personnelle et décalée la chronique socio-technologique « Live Japon » publiée par Karyn Poupée sur le site français Clubic.
Neon magazine

Tokyo vu par - Neon magazine

Tokyo vu par… Bruno Quinquet, photographe

Deux samedis par mois, « Tokyo vu par… » c’est le regard d’une personnalité de l’art, du design ou de la culture sur la ville : ses quartiers, ses magasins, ses souvenirs aussi. Un regard sincère et personnel sur Tokyo et autant d’idées de promenades et de découvertes.

Bruno Quinquet n’a pas toujours été photographe. A Paris, c’est comme ingenieur du son qu’il travaillait. Dans son fondement même, sa pratique de la photographie est donc indissociable de Tokyo, la ville qui l’a vue naître. Avec son Bureau d’études japonaises, il y photographie le réel, rien de plus mais rien de moins : Tokyo et ses intérieurs, Tokyo et ses salarymen dont les silhouettes dessinent la ville. Pour NEON Magazine, il a accepté de mettre en mots « son » Tokyo.

Neon magazineBruno Quinquet : « À ma première venue au Japon fin 2001, je ne me doutais pas que le bric-à-brac urbain que je voyais du train qui m’amenait de Narita à Tokyo deviendrait mon terrain de jeu dans une vie future. À l’époque, j’étais ingénieur du son parisien. Dix ans plus tard, me voila photographe Tokyoïte, à la tête d’un improbable « bureau d’études japonaises », atelier de recherches poétiques et photographiques.

Lorsque je me sens à cours d’inspiration pendant mes longues expéditions dans Tokyo, un passage au parc d’Hibiya s’impose. Cet écrin de verdure coincé entre ministères et quartiers d’affaires est pour moi un lieu de prédilection. J’y trouve le parfait cocktail business/nature qui forme la charpente de ma série « salaryman project ». Présenté sous forme d’agenda professionnel illustré, ce travail est une étude de la masculinité dans le monde de l’entreprise, doublé d’un jeu de cache-cache s’amusant de la tension entre photographie candide et vie privée. S’y exprime aussi un certain sens de la saison, perception qui s’est affinée chez moi au contact de la culture japonaise.

Un autre grand plaisir urbain est la découverte de vieux quartiers résidentiels. J’y glane des photos de boîtes aux lettres, fenêtres, plantes, tous ces signes extérieurs qui donnent une identité à chaque habitation et renseignent discrètement sur le style de vie de leurs résidents. De cette collecte est née la série 2LDK (appartement F3), photo collage ou j’installe des fenêtres inconnues dans des vues de mon propre appartement.

On reproche souvent aux villes tentaculaires de générer un certain anonymat. Personnellement, j’adore le sentiment d’isolement dans la foule et je me sens à l’aise avec la retenue japonaise. Je pense que ma découverte de la photographie au Japon m’a permis d’exprimer mon approche contemplative et intériorisée de la ville. »

Photos Bruno Quinquet