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Jean-Paul Jaud, la terre et nous

Cedric RiveauNM : Vous avez filmé sur place pour plus tard ?
JPJ : Bien sûr, pour un prochain film.

NM : Vous étiez déjà venu au Japon pour ce film…
JPJ : Pour Nos enfants nous accuseront et pour Severn aussi. Mais la première fois, en 2009, pour présenter Nos enfants nous accuseront donc mais je n’étais jamais allé au Japon avant. Je connaissais le Japon principalement à travers les films d’Akira Kurosawa. C’est lui qui m’a fait aimer cette civilisation et aimer ce pays.

NM : Comment vous avez fait la connaissance de Takao Furuno (NDLR : cultivateur de riz à la méthode traditionnelle qui apparaît dans Severn.)
JPJ : J’ai fait sa connaissance dans un livre écrit par deux Français qui ont fait le tour du monde sur les 80 personnes importantes pour l’environnement. Et je m’étais juré – le jour où j’irai au Japon – de le rencontrer. On l’a rencontré en février 2009. À la suite du festival, on est allés chez lui. Et on est venus filmer la même année, pour la plantation du riz, fin juin. Et on est revenus filmer pour les récoltes en octobre.

NM : En quoi le film que vous présentez cette année est différent des autres films qui ont été faits sur le sujet de l’environnement ?
JPJ : Les films sont tellement peu nombreux. Quand on voit la production cinématographique dans le monde, c’est tous les ans je crois, 2000 ou 3000 films qui sont distribués. En quand on fait le compte depuis plus de 10 ans, c’est-à-dire depuis le film d’Al Gore, Une vérité qui dérange, le nombre de films qui ont été faits pour le cinéma, c’est absolument confidentiel. Pour répondre à votre question, ça veut dire que chaque film qui a été fait sur l’environnement a son identité, a son importance et il a un côté incontournable. Mais celui-ci a deux différences par rapport aux autres. Pour la première fois, un film donne la parole à une enfant qui est Severn. Et d’ailleurs, je suis surpris qu’aucun cinéaste américain, anglo-saxon ou japonais n’ait repris le discours de Severn avant moi. C’est une des particularités. Et la deuxième – je pense ne pas me tromper -, de tous les documentaires sortis au cinéma, sur le sujet de l’environnement depuis Al Gore, aucun n’a abordé le problème du nucléaire, c’est le premier. Malheureusement…

NM : Depuis la sortie de Severn, est-ce que la situation de l’environnement s’est améliorée ?
JPJ : Oui et non. Elle s’est améliorée – et Severn le dit – car les gens on pris conscience que la situation était grave et qu’il fallait changer. Mais où elle ne s’est pas améliorée, c’est que les gens ne sont pas passés aux actes. Elle le dit elle-même : « Qu’à vos paroles succèdent vos actes ! » Aujourd’hui, l’urgence, c’est de passer aux actes. Première des choses : stop au nucléaire ! Stop mais tout de suite ! C’est encore gérable… mais il faut faire très, très vite.

NM : Parlez-nous un peu de cette femme, Severn.
JPJ : C’est un personnage incroyable. Avec une force et une détermination ! J’espère qu’elle va continuer et devenir un personnage important de l’environnement. En plus, Rio 2012 arrive, donc j’espère qu’elle va retourner là-bas et qu’elle va parler haut, fort et juste comme elle le fait très bien.

NM : Dans votre film, il y a trois pays. Le Canada avec Severn, la France, votre pays mais le Japon ?…
JPJ : Je le dis dans le film aussi. C’est un pays emblématique du continent asiatique et je dirais même de la planète. Et si le Japon change, si le Japon montre l’exemple, je crois que le Japon entraînera dans son sillage beaucoup d’autres peuples, d’autres pays. Et c’est ce que je dis aux Japonais aujourd’hui dans mes interviews, je leur dis : « Changez ! Prenez le pouvoir ! » Vous connaissez Stéphane Hessel, il a publié un bouquin qui s’appelle Indignez-vous ! (NDLR : ouvrage d’une trentaine de pages aux éditions Indigène) et bien je dis aux Japonais : « Indignez-vous ! Prenez votre destin en main ! Prenez confiance en vous ! Créez des associations ! Créez un parti écologique ! Et virez la minorité qui est en train de détruire votre vie, votre civilisation et qui est en train de détruire la planète ! »

NM : Est-ce que vous avez un message pour les cinéphiles japonais qui s’apprêtent à voir votre film ? « Indignez-vous ! » en fait partie. Est-ce qu’il y a autre chose ?
JPJ : Oui, je leur dis : « Dites autour de vous d’aller voir ce film » bien sûr. Cousteau, quand il a eu avec Louis Malle la Palme d’or à Cannes avec Le monde du silence en 1956, un an après a dit : « J’ai découvert après Cannes, la force que pouvait avoir le cinéma pour faire passer le message environnemental. » Ce que je dis aux cinéphiles japonais : dites à vos amis qu’il faut aller voir bien sûr Severn mais d’aller voir les autres films sur l’environnement parce qu’il y va tout simplement de l’avenir des générations futures.

NM : Vous auriez un autre film à recommander ?
JPJ : Nos enfants nous accuseront ! Et aussi Le syndrome du Titanic, le film de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre qu’il faut absolument voir. (NDLR : produit en 2007) Mais comme c’était le début du « changement de vie » de Nicolas Hulot et qu’il montrait du doigt le coupable qu’est l’ultra libéralisme, il s’est fait massacrer par les critiques qui sont des journaux gouvernementaux en France. Et puis surtout par le distributeur qui a sorti très vite – c’était TF1 – le film des écrans avec un prétexte fallacieux pour qu’il ne fasse pas carrière. Mais c’est un film essentiel. C’est un constat fondamental et en plus, un film cinématographiquement abouti.

NM : Merci pour cette interview, merci de nous avoir reçus.
JPJ : Merci à vous.

2 réflexions au sujet de « Jean-Paul Jaud, la terre et nous »

  1. Maryvonne

    Je te connais de l’émission Terre des bêtes d’Alain Bougrain Dubourg et je soutiens complètement ton action

    Répondre

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