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Jean-Paul Jaud, la terre et nous

Jean-Paul Jaud est au Japon. Il vient présenter son film Severn, la voix de nos enfants au Festival du film français mais pas seulement. Il est aussi venu constater « Fukushima ». Il est venu filmer. Il en sort marqué bien sûr mais encore plus déterminé dans sa lutte, dans son combat pour léguer un monde viable aux générations à venir. Interview avec un réalisateur engagé à la bonne mine et au bandeau antinucléaire sur la tête.

Cedric RiveauNEON Magazine : Merci de recevoir notre modeste magazine qui existe depuis 9 mois maintenant.
Jean-Paul Jaud : Modeste mais génial ! (rires) Je ne fais que reprendre l’émission de Daniel Mermet sur France Inter, je ne sais pas si vous connaissez : émission « modeste mais géniale ».

NM : Vous avez écouté son émission sur le Japon ?
JPJ : En partie.

NM : Nous avons été assez marqués par l’intervention de Yoshi Hidekatsu du parti communiste japonais. Le troisième invité.
JPJ : Ah c’est le seul que je n’ai pas écouté. Le Parti communiste japonais vous dites ? Et qu’est-ce qu’il y avait d’intéressant ?

NM : Une de ses propositions très intéressante était d’enlever les bases américaines et de mettre des panneaux solaires à la place.
JPJ : Mais bien sûr, il y a des solutions dans tous les pays !

NM : Revenons à l’interview d’aujourd’hui, pouvez-vous vous présenter s’il vous plaît.
JPJ : Je suis cinéaste et je suis venu à Tokyo pour le Festival du film français. C’est la deuxième fois que je viens. J’avais présenté en 2009 Nos enfants nous accuseront et là je viens pour la suite de Nos enfants nous accuseront, Severn, la voix de nos enfants.

Je voudrais rajouter quand même que je suis là aussi… j’ai séjourné cette fois-ci pas seulement pour le festival, je suis resté beaucoup plus longtemps parce que je suis allé à Fukushima. Fukushima parce que c’est une catastrophe planétaire. Bien sûr, c’est une catastrophe très grave pour le Japon mais c’est une catastrophe planétaire. Et en tant que défenseur de l’environnement, non seulement je devais venir présenter mon film au festival mais je devais aller voir et filmer ce qu’avait fait le monstre qui a été installé à Fukushima.

NM : Vous avez pu l’approcher ?
JPJ : Malheureusement ! Le monstre lui personnellement, je ne l’ai pas approché mais ce qu’il a fait, oui ! Le désastre qu’il a fait, je l’ai approché en rencontrant des victimes. En découvrant des paysages, une biodiversité qui sans doute, pour plusieurs générations, est rayée, est coupée du Japon.

NM : Vous avez constaté les séquelles de l’irradiation ?
JPJ : Des villages abandonnés, des paysages déserts, sans hommes mais il y a toujours une vie. Sans les enfants ! Si ce n’est des enfants confinés dans des écoles, interdiction d’aller dans la cour de l’école. Interdiction et pour cause – d’ailleurs on ne comprend pas pourquoi ils y sont encore dans ces écoles ! – et pour cause donc parce qu’à un mètre du sol, la radioactivité est maximum. Et les enfants mesurent 1 mètre, 1 mètre 20… Voilà ce qu’on constate… on constate ce qu’à fait ce monstre. J’emploie ce mot parce que c’est un agriculteur de la province de Fukushima qui l’emploie. Il dit : « À Fukushima, on a créé un monstre. Le monstre s’est mis en colère. Et on ne sait pas arrêter la colère du monstre. » Aucun pays, aucun scientifique ne saura arrêter la colère de ce genre de monstre.

NM : Sur le sujet, il y a beaucoup d’artistes qui ont annulé leur voyage pour cette raison. Vous, vous avez hésité à venir ?
JPJ : Oui, bien sûr ! Ça serait… il est humain d’hésiter. D’abord, nous ne sommes pas habitués en France aux tremblements de terre. On peut imaginer qu’il y ait d’autres tremblements de terre et on peut, par instinct de survie dire : « J’ai pas envie ! » Et puis on peut aussi hésiter à aller prendre de la radioactivité. parce que j’ai pris de la radioactivité avec ma femme (NDLR : qui est aussi sa productrice), mon équipe, nous avons pris de la radioactivité. Et je crois que quand on veut parler de cette chose monstrueuse, il faut y aller ! À un moment, on peut hésiter mais je pense qu’après, si on veut se battre, si on veut agir – comme le dit dans le film Severn : « Qu’à vos paroles succèdent des actes ! » Ça, c’était un acte obligatoire.

NRM : Un geste politique aussi donc.
JPJ : Bien sûr que c’est un geste politique. Mais tous les gestes sont politiques. C’est un geste humain. Ne rien dire aussi, c’est un geste politique. Ne rien dire, c’est ne pas dire non, c’est dire oui au monstre.

2 réflexions au sujet de « Jean-Paul Jaud, la terre et nous »

  1. Maryvonne

    Je te connais de l’émission Terre des bêtes d’Alain Bougrain Dubourg et je soutiens complètement ton action

    Répondre

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