Les beautés menacées de Romain Slocombe

NM : Un grand nombre des femmes photographiées, près de la moitié je crois, sont japonaises. Est-ce à dire que les femmes japonaises vous intéressent plus que les autres ? Qu’est-ce qu’elles ont de plus à vos yeux ?
RS : La beauté des femmes asiatiques m’a attiré dès ma jeunesse, et pendant plusieurs dizaines d’années j’étais obsédé par elles. Je suis d’ailleurs marié à une Japonaise, nous avons une fille qui travaille actuellement à la Maison de la Culture du Japon à Paris. Les Japonaises s’intégraient particulièrement bien à mon travail, car leur beauté fragile de « poupées » (je sais que c’est un cliché — mais leur visage ovale, leur peau blanche, leurs sourcils finement dessinés au-dessus des yeux bridés, accréditent cet aspect visuel) offre un contraste parfait avec les plâtres, les minerves, les bras en écharpe etc. Elles symbolisent pour moi la « beauté de la beauté menacée ». D’autre part, les séances photo avec les Japonaises sont toujours un échange passionnant, car elles sont cultivées, intellectuelles autant que sensuelles, et mon travail les intéresse autant qu’il les amuse, ou les trouble, de par son aspect « déguisement, fantasme »… J’aime photographier des femmes intelligentes et d’esprit ouvert. En général, les Japonais comprennent bien le « feeling » de mes photos, et j’ai été exposé souvent à Tôkyô, à Sendai…

NM : Et la suite ? Quels sont vos prochains projets ?
RS : Je suis également romancier, et l’écriture prend une grande partie de mon temps. Les éditions Gallimard ont publié dès 2000 une série intitulée « La Crucifixion en jaune » dont le premier épisode s’appelait « Un été japonais ». Les titres suivants étaient en référence aux haikus et contenaient un nom de saison. Le héros de cette série est un photographe fétichiste un peu gaffeur, qui se rend fréquemment au Japon, et y subit force mésaventures, successivement avec les yakuzas, la secte Aum, les anciens médecins militaires de l’Unité 731, et un milliardaire japonais ayant participé dans sa jeunesse au massacre de Nankin. Mon prochain roman de la série, « Shanghai connexion », à paraître chez Fayard début 2012, parle des Juifs qui ont pu échapper à l’holocauste grâce au courageux consul Chiune Sugihara, qui en Lituanie leur a délivré des visas leur permettant de rejoindre la communauté juive de Kôbé. J’écris également le scénario d’une série BD à paraître chez Delcourt, « Les Fabriques de la mort », dessinée par Freddy Martin, et qui se déroule dans une secte au Japon.

Et bien sûr je continue à faire des photos, et viens de publier le « Medical Art Model Book », qui recense soixante de mes modèles depuis 1992, dont beaucoup de Japonaises…

Jusqu’au 7 juin 2011
Librairie-galerie Le Monte-en-l’air
71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare, 75020 Paris
ouvert 7 jours sur 7, de 10h à 13h et de 14h à 20h30
tél 33 (0)1 40 33 04 54

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