Yoshitaka Haba, le passeur de livres

Et puis bien sûr il y a aussi les livres illustrés. Comme c’était à Osaka, j’ai tout de suite pensé à l’Exposition universelle d’Osaka. En plus, tous les patients de l’hôpital, ils y étaient allés, à l’Exposition Universelle. Alors, j’ai cherché des livres de photos sur l’Expo et ça leur a rappelé des souvenirs : « Ah, j’y suis allé ! », « Moi aussi ! » De la même manière, j’ai aussi cherché des livres sur les grandes victoires des Hanshin Tigers.

Si je leur apporte le Paris de Ihei Kimura, honnêtement personne ne sait qui est Ihei Kimura mais ça va peut-être leur rappeler des souvenirs, « Ah, la Tour Eiffel ! « . Et finalement ils auront appris qui était Ihei Kimura sans le savoir. Pour moi, ça, c’est encore plus important que de présenter ce livre à des personnes qui connaissent déjà Ihei Kimura. Et encore une fois, les patients de l’hôpital peuvent retenir ce nom, et alors oui je suis content. Voilà une première chose que j’ai envie de faire.

La deuxième, c’est plus quelque chose qui a à voir avec le corps et la mémoire. Comment dire ?… Nous avons beaucoup d’informations en tête, mais même si nous savons qu’elles sont là, elles ne déclenchent rien. Prendre un livre, c’est d’abord faire un mouvement de la main et évidemment ce mouvement il part de la main. Et ça m’intéresse de savoir dans quelles conditions je peux m’emparer de ce livre de la manière la plus agréable, la plus confortable. À ce sujet, j’ai travaillé sur un événement qui s’appelle Park Library, à Midtown, dans les jardins. Les promeneurs peuvent emprunter trois livres gratuitement, et ces livres sont mis dans un panier avec une sorte de tapis de pique-nique. Et en fait comme c’est gratuit, beaucoup de gens empruntent les livres simplement pour avoir ce tapis de pique-nique, et pas pour les livres. Ils s’allongent ensuite sur ce tapis, avec les livres à côté d’eux. Ils boivent du vin, de la bière, et puis comme il fait beau et qu’ils se sentent bien, ils ouvrent les livres.

J’ai moi-même discuté avec quelques personnes là-bas, et j’ai été surpris parce que certaines m’ont dit qu’elles n’avaient pas ouvert de livres depuis deux ans. D’un côté, ça m’a fait un choc, et en même temps j’ai été heureux parce que j’avais pu provoquer ça, le fait qu’ils ouvrent un livre. C’est quelque chose qui me fait peur, que les gens oublient jusqu’à la sensation que ça fait quand on ouvre un livre.

NM : Et le livre, c’est aussi quelque chose dont on peut contrôler le rythme, la vitesse.

YH : Oui, je dirais que c’est comme un instrument de lenteur, alors qu’aujourd’hui on est plutôt au contraire dans la recherche de la vitesse. Le livre n’est pas fait pour la vitesse. Si l’on veut montrer les dernières photos des défilés de mode à Paris, évidemment ce n’est pas un moyen adapté. Mais c’est l’idée d’un possible qui viendra un jour, peut-être. C’est comme un tiroir que l’on a en nous : peut-être qu’un jour on l’ouvrira, ou peut-être pas.

Aujourd’hui, on est dans une vision utilitariste de la lecture : si je lis ce livre, je vais pouvoir faire l’intéressant lundi matin pendant la réunion. Mais lire, c’est aussi tout simplement un geste, une sensation agréable. Et tant pis si finalement ce que j’ai lu ne me sera jamais de la moindre utilité pratique. Pour moi ce n’est pas grave.

Une réflexion au sujet de « Yoshitaka Haba, le passeur de livres »

  1. Roxie

    Any government that needs “new streams of re2#eue&n82v1; should have their legislature and executive branches donate their salaries back into the public coffers. Oh, wait. I forgot. We’re their indentured servants, so they just need to find more ways to steal our money. Why should they even bother to consider the unintended consequences when there’s always someone else to rob?

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *