Yoshitaka Haba, le passeur de livres

iPad, Kindle ou livre papier, le plus important ce n’est pas le format, ce n’est pas même le livre en lui-même, mais c’est ce qui reste de ce qu’on a lu, ce qu’on en fait. Autrement dit, comment nos lectures agissent ou non sur nous, au quotidien.

Prenons par exemple deux garçons. Il y en a un qui lit beaucoup, qui amasse les connaissances. Il lit des dizaines de livres. Et l’autre, plus flemmard, qui n’en lit qu’un. Mais ce livre qu’il a lu, il s’en empare, il le fait sien. Ça peut être par exemple une expression du livre, qu’il va utiliser lui-même, qu’il va véritablement assimiler. Pour moi, si je devais dire lequel des deux est un bon lecteur, je choisirais le second, celui qui n’a lu qu’un livre. Donc encore une fois, pour moi le plus important, c’est ce que l’on fait de ce qu’on lit, ce que ça éveille en nous.

Pour revenir à l’objet-livre, évidemment j’aime sentir le contact du papier. Mais l’iPad a des qualités aussi. Il faut juste savoir à quoi correspondent l’un et l’autre, et comment les utiliser intelligemment et de manière complémentaire. Le problème c’est que personne n’est là pour nous dire, voilà, l’iPad ça peut servir à ça, et le livre lui il peut servir à ça.

NM : Oui, effectivement. Il semblerait aussi que l’arrivée de ces tablettes électroniques, comme l’iPad, est en train de repousser le livre dans un territoire plus étroit qui serait celui du beau livre, avec des beaux livres toujours plus grands, des prix plus élevés aussi. Dans tous les magasins des grandes marques de luxe d’ailleurs, on trouve désormais un coin livres.

YH : C’est possible, en effet. Ce que l’on peut imaginer en effet, c’est que l’usage du papier va devenir quelque chose d’un peu luxueux. Il va falloir réfléchir à ce qu’on fait avec, et à ce que peut apporter le livre imprimé par rapport aux autres supports. C’est certainement un enjeu d’importance.

NM : Vous avez déjà travaillé sur pas mal de projets différents, dans des librairies, des hôtels, dans des aéroports. Et maintenant ? Qu’est-ce que vous avez envie de faire ?

YH : Alors, il y a deux choses que j’ai envie de faire. La première c’est de pouvoir amener des livres là où il n’y en a pas. À Tokyo on peut trouver quantité d’endroits où acheter des livres de qualité : Tsutata Tokyo, Shibuya Publishing Booksellers… Ce sont généralement des lieux sophistiqués, à la mode aussi, où se retrouvent les gens qui connaissent la valeur des livres, la littérature, Cartier-Bresson, etc. Ces gens-là forment comme une sorte de communauté. Mais il y a deux ans, j’ai été chargé de réfléchir à un espace bibliothèque pour le centre de rééducation d’un hôpital, un hôpital pour les personnes souffrant de déficiences mentales. C’était à Osaka. On m’a demandé de choisir des livres qui pourraient être utiles, avoir un effet bénéfique sur l’état de ces patients.

Alors évidemment j’ai pas mal réfléchi à la question, c’était très différent de ce que j’ai l’habitude de faire et en plus les patients avaient des profils très différents les uns des autres. Certains avaient 40 ans, d’autres 70, il y avait des hommes et des femmes et leurs centres d’intérêt étaient différents aussi. Du coup, chercher quelque chose qui pourrait leur plaire à tous m’a semblé trop difficile. Alors, j’ai rencontré les gens qui sont là-bas, je les ai écoutés et je me suis rendu compte que le temps y passait lentement, qu’ils n’avaient rien à faire, et je me suis dit : « je vais leur apporter des livres très longs, Proust, Joyce. » C’est ce que j’ai fait et je me suis fait enguirlander. Bien sûr, ce n’est pas qu’ils n’aimaient pas Proust. Simplement, si les patients ont beaucoup de temps libre, lire reste très difficile pour eux, ça leur demande d’importants efforts. Donc les longs textes sont trop difficiles. J’ai alors pensé à des formes plus courtes, la poésie, les haikus, les tankas. Et comme le geste même de prendre un livre en main et d’en tourner les pages est bénéfique pour la rééducation, j’ai aussi apporté des flip-books, des livres à manipuler. Les flip-books sont très bons pour la rééducation parce qu’ils permettent de visualiser les mouvements des mains, de mieux les comprendre.

Une réflexion au sujet de « Yoshitaka Haba, le passeur de livres »

  1. Roxie

    Any government that needs “new streams of re2#eue&n82v1; should have their legislature and executive branches donate their salaries back into the public coffers. Oh, wait. I forgot. We’re their indentured servants, so they just need to find more ways to steal our money. Why should they even bother to consider the unintended consequences when there’s always someone else to rob?

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