Yoshitaka Haba, le passeur de livres

Les editorial shops pour moi c’est vraiment ça, cette façon de provoquer la rencontre avec un livre, cette façon d’inviter à la lecture et à l’achat.

NM : Toujours dans cette même interview, vous disiez que pour vous les editorial shops correspondaient particulièrement bien à Tokyo. Est-ce que vous pouvez nous dire pourquoi ?

YH : En japonais il y a une expression, O-mon pakari. C’est difficile à traduire d’ailleurs, en anglais ça doit être quelque chose comme « consider« , la considération ? L’idée de penser à celui qu’on reçoit, que ce soit dans un magasin ou dans un hôtel. Dans un ryokan, ce sera par exemple le choix des fleurs placées dans l’entrée, parce que c’est ce que le visiteur va voir en premier. Ça pourra être des camélias par exemple, pour donner le sentiment du printemps. En fait, il s’agit de mettre l’autre dans un état d’esprit positif, et ça passe aussi par la façon dont on organise l’espace. C’est sans doute quelque chose de très japonais d’ailleurs, ce soin du détail poussé à l’extrême.

J’essaie de travailler avec ce même souci, ce même sens de l’autre sauf qu’à la place des fleurs moi ce sont des livres, en espérant provoquer la rencontre, faire lire des livres que l’on aurait pas lus autrement. C’est quelque chose d’important pour moi.

Aujourd’hui, avec l’Internet, on commande les livres que l’on a déjà choisis, que l’on connaît déjà. Évidemment, en un sens c’est très pratique, c’est vrai. Mais en même temps c’est un peu effrayant, cette idée que de ne voir, de ne lire que des choses que je connais déjà. Pour moi qui imagine des librairies, des espaces où vendre des livres, c’est une question très intéressante. Dans une librairie, on peut être attiré par un nom, par un titre, une couverture. Je réfléchis beaucoup à ça. Obtenir du lecteur, du client, qu’il regarde, qu’il prenne en main des livres qu’il ne connaissait pas jusque-là. Et qu’en le prenant, il trouve la sensation du papier agréable, qu’il en respire l’odeur aussi. Ça a l’air simple mais c’est quelque chose qui n’est pas si évident aujourd’hui, et c’est mon travail.

Les recherches que l’on fait sur un mot donné, pour moi ça ressemble quand même beaucoup à ces pécheurs qui percent un trou dans la glace pour attraper les poissons, c’est comme regarder le monde par le petit bout de la lorgnette. Des informations rentrent, en effet, mais le plus souvent elles ne font que passer sans rien provoquer en nous, sans que rien ne se produise. Et pourtant dessous il y a la mer. Autrement dit, les possibilités de découvertes sont immenses, c’est juste qu’il faut savoir comment y accéder. Ça m’intéresse beaucoup et je crois qu’il y a encore beaucoup à faire, on n’en est qu’au début du chemin.

NM : Puisque l’on parle de technologies justement, un des sujets qui préoccupe beaucoup le milieu de l’édition, c’est la montée en puissance des iPad et autres tablettes. Certains prédisent même la fin du livre tel qu’on le connaît actuellement. Qu’en pensez-vous ?

YH : Ici aussi, nous utilisons l’iPad, et aussi la version qu’en a sorti Sony. Mais il ne faut pas se tromper, ce n’est rien d’autre qu’un instrument, un outil, et je ne suis pas persuadé que ça change grand chose à la donne.

Une réflexion au sujet de « Yoshitaka Haba, le passeur de livres »

  1. Roxie

    Any government that needs “new streams of re2#eue&n82v1; should have their legislature and executive branches donate their salaries back into the public coffers. Oh, wait. I forgot. We’re their indentured servants, so they just need to find more ways to steal our money. Why should they even bother to consider the unintended consequences when there’s always someone else to rob?

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