Yoshitaka Haba, le passeur de livres

NM : Le select-shop Loveless, par exemple.

YH : Oui, Loveless… Ça a été une collaboration très intéressante, amusante même. C’était à l’époque où Yuichi Yoshii travaillait encore là-bas. Il est parti depuis et ma collaboration avec Loveless s’est arrêtée. On avait par exemple imaginé présenter de vieux mangas un peu vintage. Il y a aussi eu 246 Books, une librairie pour le voyage. Les livres y sont classés par régions du monde, l’Europe, l’Asie, l’Océanie, etc.

Jusque-là, au Japon et à l’étranger aussi je crois, les livres étaient classés par catégories : vie pratique, cuisine, etc. Il y avait les livres pour les hommes et ceux pour les femmes. Les livres sur le sport par exemple étaient classés dans le rayon hommes, ce qui fait que les ménagères qui cherchaient un livre sur le patinage artistique, un livre sur Mao Asada par exemple (NDLR : championne de patinage artistique très populaire au Japon) et bien, ces ménagères devaient aller dans ce rayon hommes.

À vrai dire, personnellement je n’aime pas du tout cette façon de segmenter les choses. Parce que, finalement, l’objectif en procédant ainsi ce n’est pas de satisfaire le client, c’est de rentabiliser, de simplifier au maximum.

Par exemple, pour revenir à 246 Books, si vous prenez par exemple la partie sur l’Inde, vous allez y trouver côte à côte un livre de Tadanori Yokoo, un autre de Cartier-Bresson ou encore Nocturne indien de Antonio Tabucchi. Dans une librairie classique, le livre de Bresson serait dans le coin photos, celui de Tadanori dans le rayon Art et Tabucchi avec la littérature italienne.

NM : Mais comment vous est venue cette idée de revoir ainsi la façon de classer les livres ? Est-ce que ça vient de voyages à l’étranger, par exemple ?

YH : Non, pas du tout. En fait, ça vient d’une librairie où j’allais souvent quand j’étais enfant, dans la préfecture de Aichi. Dans cette librairie, il y avait un système pour acheter des livres même quand on n’avait plus d’argent de poche. J’allais à la librairie, je prenais le livre que je voulais et le librairie le rajoutait sur une note. Ensuite, à la fin du mois, ma mère venait régler cette note. De ce côté-là je dois dire que j’avais de la chance, je pouvais avoir tous les livres que je voulais, des livres de littérature pour enfants, des mangas, des magazines aussi même. C’est sans doute d’ailleurs ce qui explique que moi-même je ne fais pas de hiérarchie entre les genres, pour moi tout est lié, l’essai philosophique le plus complexe comme le manga de série B.

Évidemment, il y a comme ça une hiérarchie implicite, avec en haut tout ce qui est académique et en bas la subculture. Mais pour moi, tout ça, ça n’a pas de sens. Je ne vois pas les choses comme ça. La seule question pour moi c’est : est-ce que c’est intéressant ?

Donc, ce qui explique ma façon de faire c’est cette librairie où j’allais enfant, et l’idée que tout est lié. D’ailleurs, et c’est pareil pour beaucoup de monde je crois, je me promène souvent avec quatre ou cinq livres différents. Et selon les jours je vais lire le manga, ou l’essai, ou le livre de Saint-Exupéry. Il n’y a pas de bons ou de mauvais livres. Après je ne dis pas que tous les livres sont faits avec la même qualité, avec le même soin. Simplement, ce sont des rencontres, des livres qui me correspondent à un moment ou à un autre. Et c’est ça que je veux, que les gens voient les livres de façon neutre, sans avoir toujours en tête cette classification, cette hiérarchisation qu’on retrouve partout. C’est ce qui motive mon travail.

Une réflexion au sujet de « Yoshitaka Haba, le passeur de livres »

  1. Roxie

    Any government that needs “new streams of re2#eue&n82v1; should have their legislature and executive branches donate their salaries back into the public coffers. Oh, wait. I forgot. We’re their indentured servants, so they just need to find more ways to steal our money. Why should they even bother to consider the unintended consequences when there’s always someone else to rob?

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