Takashi Homma - New Documentary"

Takashi Homma, « New Documentary »

Takashi Homma - PortraitTakashi Homma est un chroniqueur.
Avec ses photos, il nous montre un Tokyo loin des paillettes, un album de famille, une chaîne de restauration rapide, la vie de tous les jours d’une petite fille ou encore des traces de sang sur la neige. Son bonnet en coton vissé sur la tête, il se balance sur sa chaise tout en répondant aux questions pour parler du choix du titre de sa rétrospective. Il parle de son travail sans vraiment en parler parce que ça ne l’intéresse pas d’en faire une analyse. Il parle avec son cœur, signe son œuvre de son sang justement. Lui, il veut juste que les gens voient ce qu’ils ont envie de voir devant ses photos. Comme si ce n’était pas déterminé. Une chose est sûre pourtant, New Documentary montre bien à quel point il ne veut pas qu’on le rattache au photo-journalisme. Ce nouveau documentaire se différencie de l’uniformité des images qu’on nous balance tous les jours, surtout en cette période de catastrophe nationale après le séisme du 11 mars, parce qu’il souhaite montrer des points de vue différents. D’ailleurs, l’organisation de l’exposition a été revue jusqu’à la dernière minute. On entre par la sortie habituelle, l’emplacement des photos a été finalement décidé vers 5 heures, le matin du vernissage.
On navigue donc dans le grand cœur de cet homme modeste avec cette rétrospective qui n’en est pas tout à fait une. Interview.

 

Neon Magazine : Pourriez-vous vous présenter s’il vous plaît ?
Takashi Homma : Je suis un photographe qui s’intéresse à l’art contemporain et à la photographie. En fait, au Japon, la plupart des gens pensent que la photographie est juste de la photographie, que ce n’est pas un art contemporain. Mais je dirais que la photographie est en rapport avec l’art contemporain. C’est pour cette raison que je fais des expositions dans des musées d’art contemporain.

NM : Vous voulez dire que vous ne voudriez pas exposer au musée de la photographie à Ebisu par exemple ?
TH : Oui, en fait, il y a plusieurs années, ils m’ont contacté mais j’ai refusé pour cette raison précise. Le musée de la photographie d’Ebisu n’est pas un musée d’art contemporain. Dans quelques temps, je n’exclus pas la possibilité d’exposer là-bas mais d’abord, pour une grande exposition comme celle-ci, je tiens à le faire dans un musée d’art contemporain. Comme à Kanazawa au musée du XXIe siècle où cette rétrospective a commencé.

NM : Comment définissez-vous votre travail ?
TH : Avec cette exposition, j’avais la possibilité de montrer tout mon travail mais je n’ai pas souhaité cela. J’ai voulu montrer mes travaux récents, mes travaux en cours. En fait, l’idée de faire une rétrospective qui montre tout ne m’intéresse pas en soi. Donc j’ai décidé de changer le concept de cette exposition avec mes travaux en cours. C’est ce qu’on peut voir réparti ici dans les différentes pièces.

NM : Selon vous, quelle est la constante dans votre travail ?
TH : Les gens me disent souvent que ce que je fais est très disparate, que mes travaux sont très disparates. Mais pour moi, il n’y a pas de différence. Je choisis toujours le concept et le sujet n’est pas si important. Je recherche une façon de prendre des photos, une façon de faire en tant que photographe. Ici, j’ai mis New Documentary (NDLR : titre de l’exposition) parce que les gens pensent au documentaire comme une partie intégrante du journalisme, comme dans les reportages photo des magazines par exemple. Pour moi, ce n’est vraiment qu’un aspect… je réfléchis à d’autres façons, des chemins alternatifs parce que je pense qu’il y a beaucoup de manières d’approcher un thème ou un fait de société. Je veux ainsi proposer plusieurs chemins pour voir un documentaire. Par exemple, avec Tokyo and my daughter, j’ai fait un album photo. L’album photo de famille est un type de documentaire très important. Surtout avec le séisme du 11 mars, beaucoup de gens ont perdu leur famille et l’album de famille est un devenu un objet précieux pour eux quand ils le regardent. C’est un souvenir, une chose très importante et la photographie leur rappelle ce qui est perdu par exemple.

NM : Votre travail est-il objectif alors ?
TH : Les gens font ce qu’ils veulent de mes photos. Je propose une façon de voir ce qui m’entoure mais l’audience est libre de le voir comme elle le veut. Pour moi, un bon travail ou une bonne photo se trouve dans la combinaison de toutes les façons avec lesquelles on peut la regarder. Par exemple dans Trails (NDLR : son dernier travail), les gens voient ce qui apparait devant leurs yeux comme bon leur semble. « Oh, c’est du sang de cerf » pour l’un ou « Tiens des taches de peinture ! » pour l’autre et ça c’est ok. Justement, tout à l’heure, une femme qui m’interviewait me demandait : « Mais comment vous avez fait pour mettre du sang à cet endroit ? » (rires) Mais je trouve ça super, ça me fait plaisir. Une personne va voir du sang, une autre de la peinture ou autre chose et c’est ce que je veux !
À l’opposé, le documentaire photographique typique ne propose qu’une lecture : « Oh, regardez cet enfant qui meurt de faim ! » ou quelque chose comme cela. C’est très triste parce qu’il y a plein de possibilités dans chaque photo et que c’est ainsi qu’il faut les montrer.

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