FLOW by Apollo - Satoshi Kurosaki

Interview de Satoshi Kurosaki

TEPE by Apollo - Satoshi KurosakiPas mal de temps déjà qu’ici, à NEON, on suit les réalisations d’Apollo Architects & Associates, dans Designboom ou ailleurs. Pureté des lignes, sens de l’espace, sans oublier les matériaux, béton et verre notamment… Dans leurs travaux on retrouve tout ce qui fait qu’on aime tant l’architecture japonaise, et Tokyo avec.

Satoshi Kurosaki, le maître des lieux, nous a reçus et il fut question de béton justement, un peu, des Small Houses, beaucoup, et aussi du cha-no-ma, cet espace de vie à la vie japonaise. Interview.

Satoshi Kurosaki : Nous essayons de construire des choses sans âge, comme hors du temps. Pour les bâtiments de commerces ou de bureaux, la question peut se poser différemment mais pour les lieux d’habitation, nous visons quelque chose qui reste dans la norme, de supra normal, comme hors du temps.

NEON Magazine : C’est vrai que Tokyo peut sembler une ville sans âge, l’histoire y est beaucoup moins présente que dans les villes européennes, par exemple. Ce qui marque aussi à Tokyo c’est l’effet de surprise sans cesse renouvelé que procure la ville.

SK : Oui, il faut savoir que la quasi totalité des terrains situés à l’intérieur de Tokyo sont la propriété de particuliers et non d’institutions ou de collectivités. On dit que la ville est constituée de 1.800.000 terrains, et seulement 100.000 sont la propriété de ces institutions. Ce qui veut dire que c’est d’abord l’initiative privée qui dessine la ville. Cela signifie une certaine liberté dans la construction, chacun peut construire le bâtiment qu’il veut. Et en même temps, de mon expérience, je peux dire que cela passe aussi par un souci du voisinage, le respect des règles de bonne manière. Les propriétaires s’inquiètent toujours de ne pas déranger les habitations voisines.

NM : Lors d’une interview avec Shinobu Nomura, la commissaire d’exposition de Tokyo Opera City Art Gallery lors de l’exposition consacré à Dominique Perrault, celle-ci nous expliquait que contrairement aux architectes européens, qui vont toujours se soucier des bâtiments voisins lorsqu’ils réalisent un projet, pour les architectes japonais cela n’est pas si important dans la mesure où les bâtiments voisins ne dureront peut-être pas.

SK : Oui, c’est vrai. Et il ne faut pas oublier non plus que tout ça c’est aussi une question de stocks et de flux. À Tokyo, la durée de vie moyenne d’un bâtiment est de 26 ans. Un bâtiment devient vieux très vite et si en Europe les bâtiments prennent de la valeur avec le temps au Japon c’est le contraire. Par exemple, pour les constructions en bois, au bout de 10 ans on dit qu’elles ne valent plus rien, 0 yen. Ce qui veut dire que les investissements ne sont pas rentables, on perd de l’argent au contraire. Et ça vaut aussi pour les terrains. Au Japon, l’investissement foncier n’existe pas. Dans d’autres pays d’Asie où les terrains appartiennent pour beaucoup à l’état ou aux collectivités, il y a pour les plus riches ce désir de devenir propriétaires. C’est vrai en Chine, en Corée aussi. À Tokyo, il est toujours possible de bâtir sa propre habitation, y compris ici à Jinbocho, même si c’est souvent sur une surface très réduite. En cela Tokyo est une ville un peu folle et c’est ce qui la rend je crois très intéressante.

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