Interview de Kyoichi Tsuzuki

Une partie de la bibliothèqueNM : Oui, avec les Smartphones notamment aujourd’hui.

KT : Quand vraiment on a besoin d’un ordinateur, on peut toujours aller à l’université, dans un café ou se connecter depuis son bureau. Évidemment, comme nous travaillons sur un ordinateur, nous pensons à Internet mais il y a plein de personnes qui n’ont pas Internet. On ne doit pas les oublier. Parce que pour eux, c’est mon impression, le média imprimé reste très important.

NM : Et aussi, vous aimez l’objet livre. À voir le nombre de vos livres qu’il y a chez vous, vous devez aimer ça !

KT : Oui, c’est vrai qu’il y a de ça aussi. (rires) Pourtant j’essaie d’en diminuer le nombre, vraiment. Et d’ailleurs, comparé aux gens de mon métier, je n’ai pas tellement de livres en fait. Les livres qu’il y a ici sont les livres que j’ai amassés depuis des dizaines d’années mais ce n’est pas que j’en fasse la collection. Pour la plupart ce sont des livres que j’ai utilisés pour mes recherches.
Justement, j’ai créé un site Internet pour vendre mes livres, ceux dont je me suis servi. Et comme il n’y a plus de bons bouquinistes, j’ai créé ce site, pour les vendre moi-même, directement. Je veux vendre tous les livres que vous voyez ici, donc je les mets sur le site les uns après les autres.

NM : Nous venons d’acheter le livre de votre exposition à Hiroshima, Heaven, et en le feuilletant dans le train, quand on est aux dernières pages, les plus explicites, on se demande comment pouvent réagir les voisins de banquette… (NDLR : les dernières pages du livre sont consacrées aux musées du sexe)

KT : C’est gênant en effet…

NM : Oui, en effet, et ce genre de choses ne peut pas être montré facilement dans les magazines dont nous parlions tout à l’heure.

KT : C’est possible. Sans problème ! D’ailleurs, les magazines japonais ne sont-ils pas les plus ouverts en la matière ? Publier ce genre de choses serait certainement plus difficile dans des magazines américains ou européens.

NM : Mais quand on pense à des magazines comme Brutus, pour qui vous avez travaillé, la plupart des sujets traitent de choses très tendance, très sophistiquées mais votre travail aujourd’hui ne se situe pas vraiment dans cette veine. Justement, vous-même que pensez-vous de cette culture tendance ?

KT : Ça m’intéresse, j’aime ça aussi. Vous savez, j’ai maintenant 54 ans et souvent, les jeunes notamment, me disent : « Vous avez de la chance, comme ça, de pouvoir faire seulement ce que vous aimez. » Mais ce n’est pas vrai. Ce que je fais, je ne le fais pas parce que j’aime ça, je le fais parce qu’il faut le faire. Prenons par exemple les musées du sexe… Autrefois il y en avait plein, une vingtaine rien qu’au Japon. Aujourd’hui il n’en reste plus que 3 ! Ils ferment tous les uns après les autres. Et personne ne s’en soucie, personne ne songe à en garder une trace. Ils disparaissent sans qu’on s’en rende compte.

NM : Voilà l’ethnologue !

KT : Oui, peut-être. Ce que je fais, c’est comme de la protection d’espèces en danger. Il y a les espèces en danger et il y a aussi les espèces culturelles en danger. Ce que personne ne fait, ce travail d’archivage, c’est moi qui le fais parce qu’il faut bien le faire, parce que si je ne le faisais pas tout cela disparaîtrait sans que personne ne fasse rien. Et cela je le dis souvent, à de nombreuses personnes. Par exemple, on parlait de musée du sexe, il y en a un formidable dans la préfecture de Mie. C’est un trésor de la culture populaire des années 80.
Ce musée de la préfecture de Mie, qui s’appelle le Kyodo Shiryokan, est vraiment un lieu à visiter, et je le dis à tout le monde. Donc je prends des photos, j’écris des textes parce qu’il le faut, par nécessité. Et c’est pareil pour les love hotel. Et ça, c’est une partie de mon mémoire, garder une trace pour les générations futures puisque personne ne s’en soucie.

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