Interview d’Olivier Roller

Jacques Séguéla, Jeanne Moreau, BHL… Les hommes et les femmes que photographie Olivier Roller sont partout, omniprésents sur les écrans et dans les pages des magazines. Éminences grises ou stars de papier glacé, ils font et défont la France d’aujourd’hui et pourtant sur les clichés exposés à l’Institut franco-japonais de Tokyo, ils semblent désarmés et (presque) vulnérables, comme dévoilés par l’objectif du photographe.

Rencontre-balade avec le portraitiste que l’on s’arrache, dans les rues d’Ebisu et de Daikanyama, chez NADIFF et au Torch Café d’abord, à Kiyosumi-Shirokawa deux jours plus tard le temps d’un thé nature au SACRA Café.


Ça m’intéresse de dire aux gens : « Stop ! Regardez ! Moi, j’ai fait cet effort-là, rejoignez-moi. »


En interview au Torch cafe à EbisuNEON Magazine : Pourquoi faire seulement des portraits ?

Olivier Roller : Parce que je sais faire que ça… Quand je suis près des gens, je peux enlever le fond. J’aime bien me concentrer sur le visage. C’est quelque chose qu’on ne regarde pas vraiment. On glisse sur différents traits, sur le pull, sur le fond… « Tiens, c’est quoi les plantes vertes ? » ou « Ah, le mec il a une jolie bibliothèque dis-donc. »
On s’attache à pas grand chose dans la vie en fait. On est dans une situation aujourd’hui où la communication est très intense, où on a beaucoup d’images qui s’offrent à nous. Et naturellement, on passe de l’une à l’autre, on zappe quoi ! Et là, c’est forcer les gens à s’arrêter. C’est le principe de la photographie mais il se trouve qu’en plus, dans ce que je fais là, il n’y a rien ! Il y a une tête mais encore, elle est coupée ! Donc ça m’intéresse de dire aux gens : « Stop ! Regardez ! Moi, j’ai fait cet effort-là, rejoignez-moi. » S’il y a un arrière-plan, tu vas le regarder. Le regard du lecteur va passer successivement du personnage à l’arrière-plan. S’il n’y en a pas et bien ils sont obligés de regarder (rires). Tu peux aussi très bien dire : « Ça ne m’intéresse pas, salut ! »
Il y a un mec qui s’appelle Roman Opalka qui depuis 30 ans peint des numéros sur des toiles. Il a commencé à « 1  » et là maintenant, il est à… je ne sais pas… 11.792.988 quoi ! Tu peux passer à côté de ça et te dire « Bof, je m’en fous quoi ! » et puis un jour, dans un musée, j’ai vu une de ses toiles. Putain, c’est formidable ! En fonction des toiles, le fond change et l’écriture change aussi dans les teintes. Et là, le fond était gris moyen et l’écriture un petit peu plus pâle. Tu as ce truc de loin, tu vois une chose… comme regarde par exemple, ce tissu à deux balles là (il montre un tableau accroché au mur du café) avec ses traits verticaux, on pourrait imaginer que c’est de l’écriture tu vois. Et en s’approchant, tu vois le travail.
Je pense que c’est aussi un des buts de l’art, de confronter la façon dont on vit aujourd’hui dans la société et d’apporter un point de vue. « Attends stop, regarde là ! J’appuie là, ça fait mal hein ? » Il ne s’agit ni de nier la société dans laquelle on vit, ni juste de montrer pour montrer. […]

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