Toshi Fujiwara, réalisateur

Toshi FujiwaraNM : Comment s’est déroulé le montage ?
TF : J’avais demandé à Dominique Auvray, qui est très connue en France puisqu’elle a monté presque tous les films de Claire Denis et a travaillé avec Wim Venders, de s’occuper de No Man’s Zone parce que je savais qu’elle voulait faire un film au Japon depuis des années, un film sur les shunga-e, ces gravures érotiques de la période Edo. Donc qu’elle a une certaine connaissance de la culture japonaise. Pour des raisons de santé, elle n’a malheureusement pas pu continuer plus de deux semaines et j’ai demandé à Isabelle Ingold qui, elle, n’a jamais visité le Japon et ne comprend absolument pas la langue.
NM : C’était peut-être mieux d’avoir le regard de quelqu’un de complètement étranger au Japon ?
TF : Oui, mais je savais surtout qu’elle aimait la campagne et connaissait la logique des paysans. Et puis, elle travaille beaucoup avec Amos Gitai sans comprendre un mot d’arabe ou d’hébreu et arrive quand même à monter les films. Je comptais sur son regard profondément humain. Ce qui est étonnant c’est qu’elle a commencé à placer les sous-titres seule et sans même comprendre un mot de japonais ! C’était parfait.
NM : C’est un des bons souvenirs de tournage donc.
TF : Oui. On a travaillé pendant 8 semaines et malgré l’absence de Dominique Auvray et la petite frustration qui en a découlé, le montage a été très agréable.
J’avais peur de faire ressortir une vision trop française, mais grâce aux textes d’Arsinée Khanjian et l’influence légère d’Atom Egoyan, au montage français, à la musique faite par un américain qui vit en France, le film est en fait très international ou plutôt universel et profondément humain. J’ai pu travailler avec des gens qui ont des qualités humaines provenant de différentes cultures et qui ont pu trouver des choses profondément vraies dans les images. J’aimerais continuer à travailler ainsi, et, même si mes films sont sur le Japon, pouvoir profiter de ce regard qui n’est pas simplement extérieur mais qui est universel.

NM : Par quoi pensez vous avoir été influencé pour la réalisation de No Man’s Zone ?
TF : Il y a plusieurs images dans le film, dont la première, qui rappelleront sans doute Tarkovsky aux cinéphiles. D’ailleurs, ce n’est pas faux puisqu’après avoir tourné ces séquences, j’ai revu ses films. Je pense surtout à des films de destructions apocalyptiques comme Andreï Roublev, Le Sacrifice et Stalker, qui parlent bien entendu de la destruction nucléaire. Il y a donc une certaine trace visuelle dans No Man’s Zone avec l’image des arbres par exemple.
Pour ce qui est de la technique documentaire, le chef-opérateur étant d’un des derniers élèves du grand documentariste Shinsuke Ogawa qui faisait beaucoup de films sur les paysans, il connaissait déjà le milieu rural en détail et je savais qu’il pouvait parfaitement filmer les rizières ou ce genre de choses.
De mon côté, j’ai réalisé un film sur un documentariste japonais, Tsuchimoto, et je crois que son travail a une influence sur ma façon de faire des interviews en ayant des conversations avec les gens plutôt qu’une approche journalistique et des questions directes.
NM : On pense un peu à Raymond Depardon du coup.
TF : Je le connais un peu, mais je n’ai pas pu voir beaucoup de ses films au Japon. Je connais surtout son travail de photographe. Il y a peut-être un point commun oui, puisqu’il est aussi de la campagne et qu’il s’intéresse aux relations entre urbanité et ruralité. Mais je crois qu’un de ses films a influencé une séquence de No Man’s Zone directement, dans Afriques : comment ça va avec la douleur ? où il rencontre Nelson Mandela et la voix off dit que devant quelqu’un comme ça, on n’a rien à dire, puis il garde le silence. Mais surtout, son film est composé de beaucoup de panoramiques à 360 degrés et ça a peut-être inspiré les miens…

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