AntiVJ, label visuel

NM : C’est votre première au Japon. Vous pouvez nous présenter le projet que vous montez ici ?
NB : L’institut français nous a invité dans le cadre du mois du numérique. On nous a demandé d’intervenir dans le jardin et si possible sur le bâtiment. Pour une fois, on a travaillé à distance car on vient toujours faire un repérage d’habitude. Pour des questions de temps, on a dû travailler à distance, à partir de photos, ce qui n’est pas évident.
RT : D’ailleurs, quand on a vu le bâtiment en vrai le soir où on est arrivés, même s’il y a toujours un décalage entre ce qu’on imagine, ce qu’on a vu sur les photo et la réalité, là, on imaginait quelque chose de vraiment de tout petit. Sur les photos, on avait la vision d’un truc clos, fermé et finalement, c’est plus grand, ça respire plus. Le fait d’être sur une colline ouverte sur l’extérieur est bien mais on ne l’avait pas du tout vu.
NB : On avait peur de ça parce qu’on ne savait pas quelle place il y avait pour le public. En fonction de la position des gens, on ne peut pas faire la même chose.
RT : Ça influe sur la technique et sur les choix artistiques qu’on peut faire une fois sur place. Sur l’aspect technique il y a la surface qu’on peut couvrir selon la distance du projecteur et après, la question artistique. Il y avait la notion d’intimité à laquelle on avait pensé parce qu’on imaginait un jardin très clos, avec un rapport des spectateurs au bâtiment très proche et là, la vision a évolué.

NM : Quelle est votre démarche dans ce type de projets architecturaux.
RT : Ça dépend en fait. À chaque fois, c’est une démarche in situ et c’est pour cela qu’on vient faire un repérage en amont. On essaie de ne pas trop créer une pièce qui ne soit pas en rapport avec le lieu. On attend d’avoir visité le lieu pour commencer à écrire et concevoir vraiment la pièce. On n’a pas de contenu pré-produit qu’on met dans n’importe quel lieu. On essaie de trouver par rapport à ce lieu-là. Et pour l’institut, en observant les photos, en essayant de déduire ce qu’on pourrait techniquement faire, on a eu l’idée de travailler avec les ombres vu qu’il y a deux arbres et un buisson qui se trouvent dans le faisceau du projecteur. Et plutôt que de faire abstraction de ces ombres-là, on s’est dit : « Autant les utiliser comme un support de mapping ». L’idée est de travailler tout un microcosme qui va graviter autour de ces ombres et qui va venir se mélanger à ces ombres-là. En fait, ça sera un peu différent de d’habitude. On va mélanger… ce ne sera pas le bâtiment en lui-même qui va être augmenté, bougé, etc – des effets qui ne marcheraient pas forcément en raison des ombres – mais jouer avec un élément qui est naturel pour mélanger ce qu’on sait faire en mapping avec cet élément naturel.
Simon Geilfus : Il y a une deuxième chose aussi en plus des contraintes techniques de la pièce, c’est que Romain et moi, ça fait un petit moment qu’on a envie de travailler sur quelque chose de moins abstrait, moins minimal, moins futuriste, plus narratif, en tout cas avec une narration plus forte et moins abstraite. Si on demande aux gens ce qu’ils se rappellent de notre travail, il se souviennent du côté minimal, lignes blanches… plus que des pièces que Romain a pu faire où il y a assez souvent…
NB : Non mais personne se souvient des pièces de Romain. (rire général)
RT : C’est vrai qu’en proportion, par rapport au travail d’AntiVJ, c’est encore d’autres projets.
SG : Là, l’idée était de revenir à quelque chose de plus « fait à la main », de plus gentil…

NM : Donc finalement, vous êtes très contents d’avoir des arbres !
Tous : Finalement oui !
RT : Une contrainte qui tombait vraiment bien.
SG : Oui, ça tombe vraiment bien. Quand le projet est arrivé, on était à deux doigts de se dire : « Y a trop de contraintes, c’est dommage mais ça va pas être possible. » et puis on s’est dit : « On va faire quelque chose de complètement différent » et ces contraintes nous ont poussé à accepter.
RT : Voilà donc on prend l’élément naturel qu’on mélange avec ce qu’on sait faire en mapping.
SG : Je produis des images mais je développe aussi des logiciels. Et ça fait un petit moment qu’on a envie de développer, Romain et moi, un outil qui permettrait d’utiliser de l’animation traditionnelle et moins de 3D tape à l’œil, de faire quelque chose plus proche de l’illustration.
RT : C’est une occasion de mettre en pratique une idée qu’on avait. En plus, le contexte du Japon nous a conforté dans cette idée de proposer ce projet-là pour cet endroit-là. C’est quelque chose qui sera assez contemplatif. On se sentait plus à l’aise d’aller dans ce registre-là ici.

NM : Et il y aura de la musique ?
Thomas Vaquié : Au niveau son, je travaille toujours en relation avec l’image, toujours en aller-retour. Le travail musical et sonore se fait en fonction des images, du lieu et de son acoustique. On travaille sur plusieurs enceintes pour essayer de suivre la place que prend l’image dans l’espace, d’être en accord avec ça. Et là, pour le coup, vu qu’on est dans quelque chose pour solliciter le public qui ne va pas forcément déceler la pièce au premier coup d’œil. On va solliciter l’attention du public, le pousser à regarder une lumière d’où sort un petit personnage. C’est une pièce qui va se construire sur la longueur.
RT : Il y a un jeu d’observation. Le spectateur est actif aussi.
TV : Et la bande son va être épurée et à certains moments plus illustratives.
RT : Le projet évolue aussi beaucoup. Même depuis le début, ça a complètement changé.

NM : Quelle est votre impression de Tokyo la nuit pour les lumières ? Est-ce qu’il y a un endroit qui vous a marqué ?
NB : Pour l’instant, on n’a pas vu grand chose… (NDLR : Ils étaient à Tokyo depuis 4 jours et concentrés sur le développement de la pièce) À part Shibuya et Omotesando de jour… Bon on a vu la grande place à Shibuya avec les écrans…
SG : Quand on est arrivés, on était tous les quatre comme des enfants. Le même effet que quand tu arrives à New York la première fois. Tu as l’impression d’avoir 7 ans, en train de regarder en l’air… Après, il y a quelque chose qui nous a frappé, pas forcément lié à la lumière, c’est le fait que ça soit à la fois très actif, très lumineux… et en même temps, extrêmement calme.
NB : La densité au niveau du son… C’est hyper calme !
RT : Par rapport à l’Europe.
TV : C’est quelque chose qui nous a vraiment frappé.
SG : À Bruxelles, le son de base, avec seulement un million d’habitants, ça fait plus de bruit qu’ici avec dix fois moins de personnes dans les rues. Le carrefour à Shibuya, il y a je ne sais pas combien de passants et c’est calme.
NB : C’est pas assourdissant une seconde. La foule ne fait pas de bruit par rapport à la densité.
TV : Les gens ne parlent pas fort, il n’y a pas de klaxons… ce qui pollue l’ambiance sonore en Europe et c’est très impressionnant ici.
NB : Visuellement, il y a cette densité… et c’est calme.
SG : On entend les grands écrans à Shibuya mais la même chose à Bruxelles, on ne les entendrait pas !
RT : Pour finir sur la lumière, au-delà de la lumière des néons, des enseignes qui est incroyable, c’est la lumière du jour. Elle est incroyable.
NM : Oui, vous êtes à la meilleure période de l’année.
NB : C’est d’une beauté !
RT : Le jour où on est arrivés, c’était magique. On est descendus de l’avion, on a fait deux heures de voitures pour arriver ici, le soleil se couchait au fur et à mesure que la ville grandissait… c’était magique.
NB : C’est perçant avec le ciel bleu, pur et le soleil aveuglant mais beau ! C’est super beau !
TV : C’est donc la meilleure période pour venir à Tokyo alors.
NM : Oui, exactement. Merci et bon courage pour la fin de l’installation. On se voit au vernissage mercredi soir.
Tous : Merci.

AntiVJ presents 3Destruct by Yannick Jacquet, Thomas Vaquié, Jeremie Peeters

AntiVJ presents St Gervais by Yannick Jacquet, Thomas Vaquié

Informations : Festival du Mois du numérique à l’Institut français de Tokyo

crédits photo :
Page 1 – photo du groupe – Cédric Riveau
Page 2 – AntiVJ presents Murcof + Simon Geilfus

One Response to AntiVJ, label visuel

  1. Fred says:

    Je vais essayer de passer à Tokyo : ça a l’air vraiment sympa !

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